Du partage de contenus au partage d’expériences, bonnes pratiques et leçons pour une refonte

La semaine dernière nous avons analysé quels était les principes qui dirigeait les sites des pionniers du Web. La notion de partage qui est au coeur de ces principes ne se limite pas au site lui même, ni même au public, elle accompagne la profession elle même et se traduit en partage d’expérience. Comme vous le savez ces échanges d’expérience ne sont pas nouveau et sont d’ailleurs un des éléments fondateurs des conférences Museums and the Web. Au cours de ces dernières années avec l’avènement du Web 2.0 qui traduit en outils la notion d’échange, les témoignages et les contributions se sont multipliés : tel le Smithsonian qui construit la refonte du musée au cours de conférences intitulées Smithsonian 2.0, telle la Tate qui publie sa stratégie en ligne, ou les multiples interventions à la conférence Museums and the web allant des premiers pas du musée de Brooklyn dans les réseaux sociaux au développement d’un nouveau site. Cette semaine j’ai souhaité abordé avec vous cet ultime étape, la refonte d’un site en compagnie des plus grands musées.

En 2009 lors des conférences Museums and the web, de prestigieux musées font part de leur expérience dans un article intitulé, « refondre son site internet de musée : guide de survie« . Cet article et les pistes qui y sont données, font en fait figure d’exemple pour tout refonte de site qu’il soit de musée ou non. Les musées participants étaient tous à des étapes différentes dans la refonte de leur site ce qui rend leur expérience d’autant plus riche et instructive : phase de découverte pour la National Gallery de Washington (NGA), phase de développement du nouveau site pour la National Gallery de Londres(NG) et le Musée d’art moderne de new york (MOMA), et enfin mise en ligne pour la musée d’art moderne de San francisco (SF MOMA). La plupart de ces musées n’avaient pas refondu leur site depuis 2002, c’était le cas du MoMA dont nous avons d’ailleurs pu voir la semaine dernière les principes du nouveau site.

Le changement de technologie mais aussi la volonté de gérer le contenu furent les raisons qui incitèrent ces musées à se lancer dans une refonte. La volonté de prendre en main le site Internet est en effet un élément majeur pour passer d’un site statique à un site dynamique et ainsi entrer dans l’Internet moderne. Un des principes qui est à l’origine de la distinction entre le Web 1.0 et le Web 2.0 concerne le développement d’outils ne nécessitant pas de connaissances particulières en informatique et donnant la possibilité à chacun de publier du contenu sur Internet, les blogs étant un des exemples les plus parfait. L’intérêt de ce partage d’expérience réside dans les conseils donnés par ces musées.

– La connaissance de son public pour développer un site qui réponde à ses besoins. La National Gallery de Washington choisi de lancer une étude sur le ressenti du public et définir des audiences types comme le chercheur de culture, ou le prescripteur local. Le MoMA va quant à lui décider de mettre en valeur dés le début du projet des publics en particulier comme les cinéphiles ou les scolaires. Chacun d’eux souhaitant développer une relation plus étroite avec son public sur Internet.

– Evaluer l’identité du musée fut une des clés de la refonte de ces quatre musées. Pour la National Gallery de Londres elle se résumait en notion exprimant le musée, comme l’élégance ou la distinction. Capturer l’expérience du musée réel sur le nouveau site Internet devint un point central pour le Moma et le Sf Moma, leur but étant de créer un lien plus étroit entre le musée et le public.

– La prise en compte du facteur humain est une autre leçon majeure apprise par ces musées. Quelques soient les technologies utilisées le succès réside dans l’implication des personnes aussi bien celles des prestataires extérieurs que celle des personnels du musée. La National Gallery de Washington et le MoMA vont employer des techniques de management pour garder l’enthousiasme des différents acteurs du projet, en ayant un équipe variée venant de tout le musée et une distribution des directions, chacun étant incité à diriger dans leur propre domaine de compétence.

– Si la question de la technologie est aussi un des éléments clé de la refonte c’est le choix de celle-ci qui détermine le succès et la vie du site, l’important étant de choisir la meilleure technologie selon les besoins et non pas de tenter d’adapter le projet à la technologie. Chacun de ces musées va donc dans un premier temps évaluer toutes les technologies à disposition, en recherchant les différents outils de gestion de contenus qu’ils soient open source ou fait par un prestataire.

La leçon majeure donnée par ces musées concerne la flexiblité et la notion d’erreur. Chacun de ces musées a du revoir son planning et faire face à des points qu’ils n’avaient pas pu anticiper. Le MOMA a du reconstuire le design de son site, le Sf MoMA a du changer de système de gestion de contenu en cours de projet, la national Gallery de Londres a du faire face à des problèmes techniques plus longtemps que prévu, celle de Washington a quant à elle décidé d’alléger ses plans pour laisser place à plus de créativité.

Au delà des enseignements donnés par ces musées, transparait dans ces expériences l’importance de la relation au public et le changement de celle-ci au cours des années. Après la sortie de son site le Sf Moma va être confronté aux plaintes des visiteurs ne trouvant pas les informations pratiques du musée, en réponse il ajoute ces informations en bas de toutes les pages du site et ainsi décuple son trafic. La prise en compte du public doit se faire non seulement en amont du site en réalisant un site qui satisfait ces attentes mais aussi en aval en étant à l’écoute de celui-ci même après la sortie du site. Cette volonté se traduit d’ailleurs dans la présence des musées dans les réseaux sociaux donnant la possibilité au public de s’exprimer et de dialoguer.

Innovations, bonnes pratiques ces pionniers qui nous guident

Au cours de ces derniers mois riches en conférences, que nous avons pu suivre sur Twitter mais aussi sur des sites dédiés comme le réseau Archimuse pour la conférence Museums and the Web, des noms de musées sont revenus régulièrement. Depuis l’avènement du Web 2.0, certains musées ayant choisi d’expérimenter les nouveaux réseaux sont devenus incontournables, tel le musée de Brooklyn, le Musée d’art modern de New York : MOMA, celui de San Francisco :  SF MOMA, et enfin à Londres la Tate. Cette semaine, j’ai souhaité analyser plus en détail leurs sites et les nouveautés qu’ils y ont apportés.

Lors de ces conférences, une phrase a été abondamment reprise et commentée, celle du directeur de la Tate Online lors de la conférence Museum next :  « Le contenu en ligne doit être facile à trouver, partageable et social, réutilisable, syndicable ». Ce principe fait parti de la stratégie de la Tate, elle même publiée sur le site. Elle nécessite d’ailleurs une analyse approfondie qui sera faite dans de prochains articles. Cependant la notion de contenu partageable, social et syndicable transparait déjà sur le site de la Tate et apparait comme un des points incontournable pour les nouveaux sites de musées. Pour la Tate, elle prend la forme de l’application bien connue des bloggeurs et des utilisateurs de WordPress, « add this ». Elle est présente dés la page d’accueil et sur certaines expositions comme l’exposition Picasso à la Tate Liverpool.

sharethis

Elle permet de partager la page, sur les réseaux sociaux tels que Facebook et Mypsace, sur le réseau Twitter, sur les réseaux de partage de liens comme Delicious et par mail. Sur les sites des musées d’art moderne de New York et de San Francisco la fonction de partage est visible sur toutes les pages et permet ainsi de partager les œuvres même de la collection.

collection

Cette notion de partage et son application même, renvoie aux médias sociaux proprement dit. Leur présence de plus en plus marquée sur ces sites pionniers constitue une des tendances majeures pour les nouveaux sites de musée.

La participation sur les médias sociaux s’affirme dès la page d’accueil et tend à faire partie intégrante du site. Sur le site de la Tate les liens vers les pages Facebook et Twitter sont sur la page d’accueil de la Tate Online ainsi que sur celle des quatre autres musées. Les musées d’art moderne de New York et de San Francisco ont quant à eux franchi une étape supplémentaire en consacrant une rubrique à leur présence dans les réseaux, intitulée « communauté en ligne » pour New york et « connecté avec le Sf Moma » pour le musée de San Francisco. Chacun de ces musées a choisi une présence et une intégration particulière. Le musée de New York choisi d’insérer son fil Twitter ainsi que son groupe sur Flickr et sa chaine sur Youtube. Le musée de San Francisco choisi lui aussi ses derniers twittes et ajoute son mur sur Facebook.

sfmomaconnect

Une des intégrations les plus remarquables vient d’un autre musée pionnier, le musée de Brooklyn avec notamment le réseau en plein essor Foursquare. Sur sa page « community » que je vous avez présenté dans l’article consacré au musée de Brooklyn, des espaces sont spécialement consacrés à Twitter et à Foursquare. Sur la rubrique Foursquare on peut voir notamment les anciens maires mais aussi toutes les personnes qui se sont identifiées dans le musée. Je vous renverrais d’ailleurs sur ce point, à l’excellent article fait sur ce sujet sur le blog d’Antoine Dupin : « Brooklyn museum, l’intégration parfaite de Foursquare« , car les musées sont en passe de devenir des exemples en matière de communication et d’assimilation des médias sociaux.

Si cet article est consacré en majorité aux pionniers anglo-saxon, je ne pouvais terminer cet partie consacrée à l’intégration sans évoquer le Museum de Toulouse ; un des musées français les plus innovants qui vient d’ailleurs d’annoncer sa participation à l’évènement Twitter du mois de septembre :  » Ask the curator » , après le succès du  » follow a museum day« , en Septembre sur Twitter les internautes pourront pendant une journée poser directement des questions aux conservateurs de musée participant à l’opération. Le lien du Museum de Toulouse avec Twitter se traduit sur le site par une partie dédiée à ce réseau dans la rubrique échanger. C’est par ailleurs, un des exemples les plus abouti d’intégration mais aussi d’interaction. On y voit non seulement le fil Twitter du musée, mais aussi celui des membres de Twitter à l’aide des twittes mentionnant le musée @museumtoulouse ou du hashtags lui étant consacré #musemt.

www.museum.toulouse.fr

Les innovations présentes sur les sites des pionniers, sont comme vous en vous douter bien plus nombreuses et chacune d’elles nécessiterait une analyse plus approfondie. Cependant, les notions de contenu partageable et celle d’intégration des médias sociaux semblent être la pierre de lance de ces sites et l’élément majeur des sites à venir. Alors que Facebook commence à être décrié, que l’essence même d’Internet est dans l’évolution, le site doit lui même reprendre les principes même du web 2.0. Et les notions de partage, d’échange prennent le statut de fondement pour les sites à venir.