Innovations, bonnes pratiques ces pionniers qui nous guident

Au cours de ces derniers mois riches en conférences, que nous avons pu suivre sur Twitter mais aussi sur des sites dédiés comme le réseau Archimuse pour la conférence Museums and the Web, des noms de musées sont revenus régulièrement. Depuis l’avènement du Web 2.0, certains musées ayant choisi d’expérimenter les nouveaux réseaux sont devenus incontournables, tel le musée de Brooklyn, le Musée d’art modern de New York : MOMA, celui de San Francisco :  SF MOMA, et enfin à Londres la Tate. Cette semaine, j’ai souhaité analyser plus en détail leurs sites et les nouveautés qu’ils y ont apportés.

Lors de ces conférences, une phrase a été abondamment reprise et commentée, celle du directeur de la Tate Online lors de la conférence Museum next :  « Le contenu en ligne doit être facile à trouver, partageable et social, réutilisable, syndicable ». Ce principe fait parti de la stratégie de la Tate, elle même publiée sur le site. Elle nécessite d’ailleurs une analyse approfondie qui sera faite dans de prochains articles. Cependant la notion de contenu partageable, social et syndicable transparait déjà sur le site de la Tate et apparait comme un des points incontournable pour les nouveaux sites de musées. Pour la Tate, elle prend la forme de l’application bien connue des bloggeurs et des utilisateurs de WordPress, « add this ». Elle est présente dés la page d’accueil et sur certaines expositions comme l’exposition Picasso à la Tate Liverpool.

sharethis

Elle permet de partager la page, sur les réseaux sociaux tels que Facebook et Mypsace, sur le réseau Twitter, sur les réseaux de partage de liens comme Delicious et par mail. Sur les sites des musées d’art moderne de New York et de San Francisco la fonction de partage est visible sur toutes les pages et permet ainsi de partager les œuvres même de la collection.

collection

Cette notion de partage et son application même, renvoie aux médias sociaux proprement dit. Leur présence de plus en plus marquée sur ces sites pionniers constitue une des tendances majeures pour les nouveaux sites de musée.

La participation sur les médias sociaux s’affirme dès la page d’accueil et tend à faire partie intégrante du site. Sur le site de la Tate les liens vers les pages Facebook et Twitter sont sur la page d’accueil de la Tate Online ainsi que sur celle des quatre autres musées. Les musées d’art moderne de New York et de San Francisco ont quant à eux franchi une étape supplémentaire en consacrant une rubrique à leur présence dans les réseaux, intitulée « communauté en ligne » pour New york et « connecté avec le Sf Moma » pour le musée de San Francisco. Chacun de ces musées a choisi une présence et une intégration particulière. Le musée de New York choisi d’insérer son fil Twitter ainsi que son groupe sur Flickr et sa chaine sur Youtube. Le musée de San Francisco choisi lui aussi ses derniers twittes et ajoute son mur sur Facebook.

sfmomaconnect

Une des intégrations les plus remarquables vient d’un autre musée pionnier, le musée de Brooklyn avec notamment le réseau en plein essor Foursquare. Sur sa page « community » que je vous avez présenté dans l’article consacré au musée de Brooklyn, des espaces sont spécialement consacrés à Twitter et à Foursquare. Sur la rubrique Foursquare on peut voir notamment les anciens maires mais aussi toutes les personnes qui se sont identifiées dans le musée. Je vous renverrais d’ailleurs sur ce point, à l’excellent article fait sur ce sujet sur le blog d’Antoine Dupin : « Brooklyn museum, l’intégration parfaite de Foursquare« , car les musées sont en passe de devenir des exemples en matière de communication et d’assimilation des médias sociaux.

Si cet article est consacré en majorité aux pionniers anglo-saxon, je ne pouvais terminer cet partie consacrée à l’intégration sans évoquer le Museum de Toulouse ; un des musées français les plus innovants qui vient d’ailleurs d’annoncer sa participation à l’évènement Twitter du mois de septembre :  » Ask the curator » , après le succès du  » follow a museum day« , en Septembre sur Twitter les internautes pourront pendant une journée poser directement des questions aux conservateurs de musée participant à l’opération. Le lien du Museum de Toulouse avec Twitter se traduit sur le site par une partie dédiée à ce réseau dans la rubrique échanger. C’est par ailleurs, un des exemples les plus abouti d’intégration mais aussi d’interaction. On y voit non seulement le fil Twitter du musée, mais aussi celui des membres de Twitter à l’aide des twittes mentionnant le musée @museumtoulouse ou du hashtags lui étant consacré #musemt.

www.museum.toulouse.fr

Les innovations présentes sur les sites des pionniers, sont comme vous en vous douter bien plus nombreuses et chacune d’elles nécessiterait une analyse plus approfondie. Cependant, les notions de contenu partageable et celle d’intégration des médias sociaux semblent être la pierre de lance de ces sites et l’élément majeur des sites à venir. Alors que Facebook commence à être décrié, que l’essence même d’Internet est dans l’évolution, le site doit lui même reprendre les principes même du web 2.0. Et les notions de partage, d’échange prennent le statut de fondement pour les sites à venir.

Quand les musées twittent la nuit, l’avant et l’après la « nuit twitte »

Week-end de Pentecôte oblige, j’ai du différer comme vous avez pu le remarquer la publication de cet article. La semaine dernière je vous avait fait entrer dans le coeur de la nuit des musées avec l’expérience du musée national de la Marine. Si pour tous les musées cette nuit fut riche en émotion, l’impact de la participation sur Twitter est allé bien au-delà de cette nuit. C’est donc l’opération elle même, les quelques jours qui l’ont précédé et ce que présage son dénouement que je souhaite analyser avec vous aujourd’hui.

Revenons quelques jours avant la nuit des musées proprement dite. Lors de mes précédents articles j’avais pu vous relater l’effervescence de cette avant « nuit twitte » au sein des musées, ce même enthousiasme était présent dans les blogs et sites d’information annonçant la nuit des musées. Chacun reprenant l’opération « la nuit twitte », sur Libération elle était présentée comme une « nouveauté de taille », sur L’express l’article la « toile s’invite au musée » donnait l’occasion de rappeler l’évolution du multimédia et saluait l’initiative des musées investissant les réseaux sociaux et changeant ainsi leur rapport avec leur public. Les blogs de culture comme Carpewebem applaudissait quant à eux une nuit des musées  » plus connectée que jamais » , rappelant la mise en jeu d’autres réseaux comme Facebook, Dailymotion ou Flickr et notant comme un tour de force l’opération sur Twitter. Cependant, le point d’orgue de cette avant nuit des musées et je dois dire ce que nous avons en tant que musée abondamment relayé sur nos comptes Twitter, fut l’essor de l’opération hors de France sur le blog en français de twitter et sur un blog du New York Times.

Un jour avant l’opération, l’article « la nuit twitte » est posté sur le blog de Twitter qui rappel ainsi la mission du réseau  » permettre à l’humanité de partager et de découvrir » et s’associe pleinement à l’opération. Ce même jour sur le blog du New York Times « In transit » un article est publié sous le titre «  La nuit des musées ajoute twitter« . Si cette avant « nuit twitte » a suscité beaucoup d’enthousiasme il y eut aussi des critiques dont le point d’achoppement fut le débat entre Didier Rykner directeur de la rédaction du site la Tribune de l’Art et Marc Lenot l’auteur du blog Lunettes rouges ; le réseau Twitter étant d’une part stigmatisé comme un lieu où peu de choses intéressantes se disent et d’autre part vanté comme un lieu de liberté où chacun peut exprimer ses opinions notamment sur l’art sans pour autant être un historien de l’art.

Face aux critiques, aux enthousiasmes qu’ont suscités cette nuit, que peut-on retenir de l’opération elle même. Pendant la nuit, ce fut pour tous les musées l’occasion de se rapprocher de son public, en l’initiant à un réseau qu’il ne connaissait pas ou très peu, en  recueillant ses impressions sur les différentes actions déployées. Tour à tour livre d’or pour le musée, lieu de conseil pour les noctambules, et même lieu de critique parfois acerbe notamment sur les visites faites par des célébrités au Château de Versailles, le sujet #NDMTW rassembla un grand nombre de personnes et fut maintes fois lors de la nuit le sujet le plus en vogue sur Twitter.

Au delà de l’opération d’une nuit, un lien s’est créé entre les musées et leur public, mais aussi entre les musées participants. Les comptes Twitter créés pour l’occasion n’ont pas cessé, bien au contraire. Si ils ne sont plus des livres d’or, ils entrent à présent dans la panoplie de musées déjà présents sur les réseaux sociaux et les réseaux de partage. Les musées y déploient leurs actualités tant dans leurs murs que sur la toile. C’est actuellement l’après nuit des musées qui fait l’objet de twittes, ainsi le Musée Guimet qui annonce sur Twitter la publication d’une vidéo sur la Nuit des musées, le Musée des arts et métier qui annonce un prochain album photo sur « la nuit twitte », ou le Museum de toulouse pionnier dans l’utilisation des réseaux sociaux dont les nouvelles photos sur Flickr sont régulièrement annoncées sur Twitter, telles les photos qui alimentent le groupe souvenir du Muséum ou l’on peut voir comment fut la nuit des musées 2010 au Museum.

Par l’élan qu’elle a suscité, les critiques qu’elle a élevé, le déploiement qu’elle a engendré, « la nuit twitte » a été bien plus que l’opération d’une nuit. Incitant les musées à investir d’autres réseaux et à y s’y implanter, dépoussierant l’image du musée et ainsi nous amenant à percevoir ce que peut être l’avenir du musée. Pour finir, je vous invite à voir sur Flickr les photos de cette nuit des musées si particulière. Vous retrouvez comme à votre habitude dimanche prochain mon nouveau post, l’actualité des réseaux sociaux et des musées se faisant toujours aussi riche et propice à l’analyse.

Suite des rencontres Culture et Innovation(s)

Après une matinée consacrée au son et à l’image, l’après midi de la réunion des musées organisée par le CLIC s’est orientée vers les nouvelles pratiques et la question des médias sociaux. Comme dans mon article précédent, je ne ferais pas ici le compte rendu de la réunion mais ferais ressortir les points dont l’importance demande une étude plus approfondie.

Parmi ceux-ci l’intervention d’Aurélie Henry et son regard porté sur son année au Smithsonian, justement intitulée un musée sans musée. Les quelques chiffres donnés sur ce musée résument son importance et ses enjeux, 19 musées, 9 centres de recherche et 35 sites Internet en comptant ses nombreuses présences sur les médias sociaux. Très actif sur Twitter, à l’origine de nombreux sujets, le Smithsonian explore aussi de nouveaux réseaux comme le réseau U stream. Alliant la vidéo au commentaire en direct via Facebook et Twitter, Ustream s’apparente à une chaine de télévision où sont diffusés des programmes en direct.

Au delà de ce réseau qui appelle comme vous en vous en doutez surement une analyse approfondie, un autre sujet abordé lors de cette intervention sera lui aussi abordé plus longuement dans un prochain post : la conférence 2.0 organisée par le Smithsonian. Orchestré en 5 ateliers thématiques la conférence du Smithsonian a donné lieu à un rapport édité en 2009. Au delà de cette conférence, c’est la mission même du musée abordée lors de la réunion qui dessine le musée de demain : accroitre et diffuser le savoir. A présent l’important n’est pas la collection mais les histoires que racontent les objets qui sont dans cette collection.

L’étude de cas du Smithsonian fut suivie par un panorama des bonnes pratiques dans les médias sociaux, par Diane Drubay auteur d’un des tout premier blog sur la communication des musées: Buzzeum, à présent consultante et dont les conseils ne sont pas étrangers à la naissance de ce blog. Son travail au musée Henner illustre d’ailleurs son implication dans les médias sociaux et leur intérêt pour les musées. Dans ce panorama un point essentiel est à retenir, l’importance du dialogue. L’entrée dans les médias sociaux doit se faire en lien avec le réel et mener vers une véritable production du public. Selon Samuel Bausson webmaster du Museum de Toulouse un des musées les plus actifs dans les médias sociaux,  » il faut passer de la conservation à la conversation« . La création par le public peut d’ailleurs prendre différentes formes comme le souligne les exemples donnés par Diane : le témoignage vidéo comme c’est le cas pour le Mattress Factory Art museum et son programme MfI Confess, ou la photo avec l’un des concours Flick’r « Colour Chart » organisé par la Tate pour créer le poster de la nouvelle exposition.

Je terminerais cette immersion dans les rencontres nationales des musées, par l’exemple donné par l’association des musées de Bretagne Les Champs Libres et son exposition Boat People. Conçu comme un mini site viral, Boat People ne concerne pas simplement l’exposition mais tend à l’enrichir par une veille régulière sur le sujet, des liens vers la presse, des podcasts, des vidéos. Le rapport à la communauté se fait notamment par l’intermédiaire de la rubrique actualité qui mène vers un mur contributif alimenté par le biais du sujet #boatpeople sur Twitter. L’interêt de cet exemple est aussi dans sa création en interne sur un système de publication open source Spip et dans la réalisation d’un Widget permettant d’exporter l’exposition sur les blogs et sites Internet que vous pouvez voir ci- dessous.

Dans les posts à venir seront analysées les nouveaux réseaux et études de cas évoqués lors de cette réunion. En attendant pour un véritable compte rendu de cette réunion rendez vous sur Buzzeum.