Twitter et les musées plus qu’une présence une vraie relation

Après vous avoir fait part de mon expérience de conférence sur Twitter, la question de la relation des musées avec ce réseau se posait tout naturellement. Aujourd’hui, je souhaite donc revenir avec vous sur l’exploration du monde des musées sur Twitter, déjà entamée lors de mes précédents articles sur les créateurs. Comment les musées s’exposent sur ce réseau d’information ? Quel est l’accueil réservé au musée par ce réseau.

Le réseau Twitter, s’est révélé au public au cours de cette année en damant le pion aux médias traditionnels sur certains sujets auxquels les médias n’avaient pu avoir accès pour des raisons pratiques ou politiques. Ce fut le cas, lors du tremblement de terre en Haïti, les seules liaisons restantes étant celles avec Internet et donc avec Twitter, ce fut aussi le cas avec l’Iran les premières photos étant parvenu grâce à Twitter. L’un des exemples qui a été repris dans toute la presse sur le phénomène Twitter, fut aussi donné par un évènement spectaculaire mais n’ayant occasionné aucune blessure : l’atterrissage sur la rivière Hudson. La photo fut en effet prise d’un téléphone portable aussitot twittée et reprise par la presse du monde entier. Le réseau Twitter permet en effet d’envoyé une information de manière instantanée dans les quatre coins de la planète, celle ci pouvant être écrite ou photographiée. Le principe étant d’écrire un texte qui ne fasse pas plus de 140 caractères, d’où la mention de micro blog.  De prime abord, Twitter serait donc un réseau plus en lien avec les médias qu’avec les musées ou la culture, cependant comme vous allez le voir l’implantation des musées y est réelle et il se forme à présent une vrai relation entre les musées et Twitter.

Les musées dans un premier temps ont tardé à s’aventurer sur Twitter, si le réseau existe depuis 2006 son véritable essor pour le public et les musées date de 2009, année qui a d’ailleurs été intitulée l’année Twitter. En 2007, le musée de Brooklyn fait une première expérience sur le réseau en l’associant à un évènement en direct du musée, l’essai se révèle plus difficile que prévu comme le révèle le musée sur son blog et lors de la conférence Museums and the Web 2008. De nombreuses difficultés sont pointées alors par le musée, parmi elles la nécessité de produire un contenu qui ait du sens et un intérêt réel pour le public. Lors de l’évènement le musée fait part du programme de l’évènement, ce qu’il considère comme n’étant pas un contenu incitant le public à s’inscrire sur Twitter. Le musée conclu que pour se développer sur Twitter il doit s’impliquer d’avantage dans le contenu donné sur le réseau, en attendant, le réseau lui permet de faire un lien direct sur les mises à jour de son blog.

La première expérience du Brooklyn est révélatrice des questions qui se posent pour un musée lors de l’entrée dans un nouveau réseau tel que Twitter. Ce réseau étant à la fois un réseau social qui compte des personnes qui vont suivre les publications et un réseau d’information proche du monde des médias, la présence du musée semble problématique. Cependant comme nous avons pu le voir déjà dans l’article sur les créateurs, les musées ont investi ce réseau, et celui ci se révèle être un médium de choix pour les musées.

Concernant le contenu publié sur le réseau, il prend différentes formes : des informations concernant les expositions, les activités du musée, aux jeux mettant à contribution le membres du réseau. Le musée d’art moderne de San Francisco @sfmoma, pose des questions sur les collections via Twitter. Il utilise d’ailleurs la fonction sujet de Twitter qui permet de rassembler un certain nombre de twittes pour un moment donné en ajoutant le symbole #. Le 17 avril il pose la question « si vous étiez sur une île déserte et pouviez avoir seulement une oeuvre d’art laquelle prendriez vous ? » et crée le sujet #1WorkOfArt. Twitter permet aux musées de partager l’information de manière moins formelle, et plus encore que Facebook de personnaliser le musée. Dans la partie biographie qui se présente à droite du flux, il est devenu courant pour les musées de présenter la personne qui est derrière le compte. Pour le Sf Moma,c’est Ian Padgham qui invite le public à lui poser des questions mais aussi à le prévenir si il commet des erreurs.2474002d1e1c8b27469eb939167c493f

Parmi les musées français, le Museum de toulouse utilise l’arrière plan de twitter pour présenter toute l’équipe qui oeuvre sur Twitter.

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Si la présence des musées sur Twitter devient la norme, on observe aussi un mouvement inverse de Twitter vers les musées. Lors de son expérience sur Twitter, shelley bernstein remercie l’équipe de Twitter sur son blog qui a su l’épauler elle ajoute d’ailleurs « C’est vraiment fantastique de pouvoir parler à un fondateur ou un développeur de manière directe ». Au cours de cette année on a pu voir se multiplier des initiatives pour mettre en valeur les musées sur Twitter. Le premier février était inauguré le jour du musée sur Twitter  » Follow a museum day « , lancé par un des plus important bloggeur de musée Jim Richardson. Le sujet créé lors de l’opération #followamuseum est toujours alimenté et permet de découvrir chaque jour de nouveau musée sur Twitter. Dans cette mouvance on peut suivre aussi le sujet #museummonday qui permet de découvrir chaque lundi de nouveaux musées.

La relation des musées avec Twitter va culminer en France le 15 mai lors de la nuit des musées. Si les exemples donnés précédemment ne mettait pas en jeu directement Twitter, un véritable partenariat s’est créé à l’initiative de la coordination de la nuit européenne des musées, dont la représentante a un blog et une société de conseil déjà reconnus pour leurs actions en faveur des musées et des médias sociaux, je veux parler bien sûr de Buzzeum. Ainsi pour de nombreux musées français cette opération est l’occasion d’entrer sur Twitter.

Quelques mots sur cette opération pour finir cet article. La nuit Twitte est le fruit de la collaboration de quatre musées bien implantés dans les réseaux sociaux, le Museum de Toulouse, les Abattoirs, le Musée des Beaux arts de Lyon, le Château de Versailles, et de la coordination de la nuit européenne. Le but étant avant la nuit des musées de partager son programme et ses bons plans, pendant la nuit des musées de faire vivre sa nuit en direct sur Twitter. Pour plus d’informations et surtout pour suivre cette nuit je vous invite à aller sur le très bon blog de la nuit des musées, à suivre le sujet créé pour l’occasion #NDMTW et la page Nuit des musées sur Twitter.

Par cette opération, le musée devient prescripteur et se propose de faire découvrir au public le réseau Twitter.  C’est donc une véritable relation qui se créé entre Twitter et les musées, qui permet ainsi au musée de faire un pas de plus dans la constitution et l’établissement d’un lien avec sa communauté.

Dipity : réseau ou outil pour la culture ?

Comme nous avons pu le voir la semaine dernière, le site smarthistory est très présent sur les médias sociaux. Parmi les sites qu’il propose sur sa page d’accueil, l’un d’eux a attiré mon attention tant par son logo, tout droit sorti d’un dessin animé d’Hanna-Barbera, que par son caractère totalement inconnu. Ce site intitulé Dipity date en réalité des années 2008, je vous invite à me suivre dans son analyse et de renouer ainsi avec le sujet privilégié de ce blog : les médias sociaux.

La page d’accueil du site est composée en grand partie par une chronologie faisant appel à de nombreux médias, tel que la vidéo, ou les réseaux de partage d’information comme Twitter ou Delicious. Si on entre sur le site par l’intermédiaire de smarthistory d’autres fonctions se présentent à nous telles que les commentaires ou la possibilité d’avoir des followers comme sur Twitter. En réalité ce site est un site hybride. C’est un  site de diffusion d’information multimédia, dont le contenu peut être développé sous la forme d’une chronologie, d’un flip book, d’une liste ou d’une carte du monde. Mais c’est aussi un réseau dans lequel on peut avoir des amis et des followers à la manière de Twitter ; les membres du réseaux peuvent en effet suivre le créateur de l’information ou le contenu lui même.

Si le site se rapproche du réseau, il ne fait pas appel au réseau social et n’en prend pas non plus la forme, comme nous le prouve l’adhésion au site. Lors de l’inscription, pour développer son profil, on nous propose toutes sortes de sources puisées dans les médias sociaux les plus importants : réseaux de partage de photos tel que Flickr ou Picasa, de vidéos comme You tube ou Vimeo, d’informations comme Twitter ou Delicious, des blogs comme WordPress ou Blogger. L’absence des réseaux sociaux tels que Facebook et Myspace apparait alors notable. Au delà de la diffusion d’informations et des réseaux le site apparait lors de l’inscription comme un agrégateur de contenu.

Dans sa forme et ses déclinaisons le site offre par ailleurs des ressemblances avec les réseaux de partage de vidéos, proposant une version gratuite avec publicité et des versions payantes sans publicité et aux nombreux avantages comme la création de contenu de manière illimité. Après cette brève introduction du site, la question se pose de la présence des musées sur le site et de leur intérêt à utiliser ce réseau.

Concernant smarthistory, c’est l’auteur du site qui est membre et qui a crée des sujets permettant de donner un autre éclairage au contenu de son site. Ainsi un des sujet créé s’intitule « Smarthistory- une chronologie de l’histoire de l’art » , il se compose des vidéos présentées sur le site et d’images,  mettant en parallèle l’art dans tous les pays. Cette chronologie a d’ailleurs été vues 60 000 fois. Un musée américain apparait dans les partenaires du site, c’est le Laguna Art museum, qui présente une chronologie des oeuvres du musées ainsi que des vidéos Youtube provenant d’autres musées comme la Tate.

Cependant la recherche des mots clefs « museum » et « musée » se révèle particulièrement infructueuse. Si certain musée on tenté l’aventure à la sortie du site, comme le musée des civilisations du Canada dont la chronologie était alimentée par des twittes, leur participation n’a pas duré longtemps et leur profil est à présent délaissé. Les musées ne sont pour autant pas totalement absent de ce site est de nombreux particuliers ont développé des chronologies sur leurs musées de prédilection comme c’est le cas pour le musée de l’air du Smithsonian.

Si les particuliers et les médias sont présents, certains points négatifs semblent faire obstacle à une adhésion plus importante des sites culturels à ce réseau. L’absence de différenciation des sujets traités ; l’ éclairage donné sur les sujets les plus vues mêle le cinéma, la musique, le jeux vidéo sans aucune thématique, contrairement à Youtube. La faiblesse de la recherche ; elle ne permet qu’une recherche par mots clefs sans mode de recherche avancé, et appelle aussi bien les sujets que les membres. La présence d’une publicité pas toujours ciblée qui oblige les musées à prendre des comptes payants.

Plus qu’un réseau que les institutions culturelles devraient investir, le site apparait avant tout comme un outil de diffusion innovant et ludique. Les chronologies créés peuvent être embeddées sur son propre site. Elles peuvent être utilisées pour rassembler et exposer ses différentes présences sur les médias sociaux d’information à la manière d’un agrégateur de contenu. Elles peuvent aussi faire appel à des contenus hors médias sociaux et développer une chronologie d’un artiste, d’oeuvre au moyen d’ images, de vidéos, et de textes. Il est aussi possible de mettre l’accent plutôt sur la carte ou sur le flip book pour diffuser le contenu. Je vous invite a explorer la chronologie de Smarthistory et voir ainsi les utilisations qui peuvent être faites de ce site.

Médias sociaux : de l’origine du terme à ses penseurs. Vers une introduction au discours sur les médias sociaux

Après cet intermède hors réseau, revenons à notre sujet de prédilection les médias sociaux. Je n’ai pas osé dire revenons à nos moutons, cependant c’est en quelque sorte un emblème des réseaux sociaux. Ils ont été choisis par Matthew Fraser et Soumitra Dutta, chercheurs spécialisés dans les réseaux pour le titre de leur livre  » trowing sheep in the boardroom » qui en français se traduit littéralement par « jeter le mouton dans le conseil d’administration », que je vous avais présenté dans mes premiers articles. C’était, et c’est encore une des actions privilégiée sur le réseau Facebook pour attirer l’attention d’un de ses amis. En effet, les réseaux sociaux qui font partie des médias sociaux, en alliant le privé au public, peuvent être considérés et le sont souvent comme des instruments de loisir, peu propice à avoir un quelconque poids sur les institutions.

Si j’ai pu vous montrer dans les précédents articles, l’importance de ces médias pour certain musée et leur rôle dans la diffusion de la connaissance, il importe à présent de prendre du recul et d’étudier de plus près le phénomène et son origine. Je souhaite à présent commencer l’exploration des médias sociaux et voir avec vous  les origines du terme et ses principaux penseurs.

Mon premier réflexe dans l’étude du terme le chercher sur Wikipédia, et oui en tant que spécialiste des réseaux sociaux et du Web 2.0, pour connaître l’origine des médias sociaux, un outil collaboratif semble dans un premier temps tout indiqué. L’article s’avère encore en cours d’amélioration et averti sur son caractère non objectif étant plus un essai personnel qu’un vrai travail collaboratif. Selon Wikipédia, ce serait Chris Shipley directrice et fondatrice du Guidewire groupe devenu depuis une entreprise de conseil dans les nouvelles technologies qui serait à l’origine de la notion. Le terme aurait été utilisé pour la première fois par Chris Shipley et les membres du Guidewire au cours de discussions précédent la conférence « Blog On » intitulée elle même  » le business des médias sociaux »« portant sur l’évolution, des blogs, wikis, réseaux sociaux et technologie relative, en de nouvelles forme de médias participatifs ». L’intérêt étant la date d’apparition du terme : 2004. C’est aussi la date de publication d’un très important ouvrage, celui de Dan Gilmore, We The media, grass root journalisme by the people for the peolple, «  Nous les médias, le journalisme de base par le peuple pour le peuple », sur les rapports entre les médias et les nouveaux outils apportés par Internet. Selon Tim O’reilly acteur incontournable du Web 2.0, à l’origine du terme et de sa définition, Dan Gilmore est « le premier journaliste reconnu à avoir crée son blog » c’est aussi un des premiers chroniqueurs de l’essor de la Silicon Valley et d’Internet. Il faut ajouter que Dan Gilmore poursuit aujourd’hui sa pensée sur un site collaboratif qui se veut aussi la suite de son livre, Mediactive.

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Dans le terme médias sociaux, il y a média et il va en réalité concerner dans les premiers temps de son apparition, la presse. Ce que Dan Gilmore observe dans son ouvrage, c’est le changement apporté par Internet, les portables et les médias numériques dans la production de l’information. Car toute personne peut produire une information en ligne sur ce qui ce passe n’importe où et à tout moment. En 2004, O’reilly se dit à « l’orée d’un profond changement dans la manière dont nous produisons et consommons l’information« . Si je me suis penchée dans ce blog sur les institutions culturelles, il importe de rappeler que la question des médias sociaux concerne à l’origine la presse et son rapport à l’audience.

C’est avant tout un changement du paysage de la presse et ce sont les blogueurs qui en sont pour parti à l’origine. Lors de la conférence TED de 2005, conférence regroupant les principaux acteurs de la technologie, des médias et du design, que vous pouvez voir ci dessous, James Suroweicki, journaliste et auteur de « La sagesse des foules », explique en quoi les médias sociaux sont devenus l’information. Il fait entrer avant tout dans ce terme les blogs qui forment pour lui l’intelligence collective qu’il décrit dans son ouvrage. Selon lui, le Tsunami de 2004 et les blogs qu’il a entrainé, marque le moment où la blogosphère est arrivée à un degré où ne pouvait aller les médias traditionnels, par leur vision quasi instantanée de la situation, par une couverture de l’information locale et non organisée.

Ce sont d’ailleurs les blogueurs qui vont enrichir la définition des médias sociaux au cours des années 2007 et faire émerger de nouveaux penseurs, ce que nous verrons dans le prochain article.