Médias sociaux : de l’origine du terme à ses penseurs. Vers une introduction au discours sur les médias sociaux

Après cet intermède hors réseau, revenons à notre sujet de prédilection les médias sociaux. Je n’ai pas osé dire revenons à nos moutons, cependant c’est en quelque sorte un emblème des réseaux sociaux. Ils ont été choisis par Matthew Fraser et Soumitra Dutta, chercheurs spécialisés dans les réseaux pour le titre de leur livre  » trowing sheep in the boardroom » qui en français se traduit littéralement par « jeter le mouton dans le conseil d’administration », que je vous avais présenté dans mes premiers articles. C’était, et c’est encore une des actions privilégiée sur le réseau Facebook pour attirer l’attention d’un de ses amis. En effet, les réseaux sociaux qui font partie des médias sociaux, en alliant le privé au public, peuvent être considérés et le sont souvent comme des instruments de loisir, peu propice à avoir un quelconque poids sur les institutions.

Si j’ai pu vous montrer dans les précédents articles, l’importance de ces médias pour certain musée et leur rôle dans la diffusion de la connaissance, il importe à présent de prendre du recul et d’étudier de plus près le phénomène et son origine. Je souhaite à présent commencer l’exploration des médias sociaux et voir avec vous  les origines du terme et ses principaux penseurs.

Mon premier réflexe dans l’étude du terme le chercher sur Wikipédia, et oui en tant que spécialiste des réseaux sociaux et du Web 2.0, pour connaître l’origine des médias sociaux, un outil collaboratif semble dans un premier temps tout indiqué. L’article s’avère encore en cours d’amélioration et averti sur son caractère non objectif étant plus un essai personnel qu’un vrai travail collaboratif. Selon Wikipédia, ce serait Chris Shipley directrice et fondatrice du Guidewire groupe devenu depuis une entreprise de conseil dans les nouvelles technologies qui serait à l’origine de la notion. Le terme aurait été utilisé pour la première fois par Chris Shipley et les membres du Guidewire au cours de discussions précédent la conférence « Blog On » intitulée elle même  » le business des médias sociaux »« portant sur l’évolution, des blogs, wikis, réseaux sociaux et technologie relative, en de nouvelles forme de médias participatifs ». L’intérêt étant la date d’apparition du terme : 2004. C’est aussi la date de publication d’un très important ouvrage, celui de Dan Gilmore, We The media, grass root journalisme by the people for the peolple, «  Nous les médias, le journalisme de base par le peuple pour le peuple », sur les rapports entre les médias et les nouveaux outils apportés par Internet. Selon Tim O’reilly acteur incontournable du Web 2.0, à l’origine du terme et de sa définition, Dan Gilmore est « le premier journaliste reconnu à avoir crée son blog » c’est aussi un des premiers chroniqueurs de l’essor de la Silicon Valley et d’Internet. Il faut ajouter que Dan Gilmore poursuit aujourd’hui sa pensée sur un site collaboratif qui se veut aussi la suite de son livre, Mediactive.

mediactive

Dans le terme médias sociaux, il y a média et il va en réalité concerner dans les premiers temps de son apparition, la presse. Ce que Dan Gilmore observe dans son ouvrage, c’est le changement apporté par Internet, les portables et les médias numériques dans la production de l’information. Car toute personne peut produire une information en ligne sur ce qui ce passe n’importe où et à tout moment. En 2004, O’reilly se dit à « l’orée d’un profond changement dans la manière dont nous produisons et consommons l’information« . Si je me suis penchée dans ce blog sur les institutions culturelles, il importe de rappeler que la question des médias sociaux concerne à l’origine la presse et son rapport à l’audience.

C’est avant tout un changement du paysage de la presse et ce sont les blogueurs qui en sont pour parti à l’origine. Lors de la conférence TED de 2005, conférence regroupant les principaux acteurs de la technologie, des médias et du design, que vous pouvez voir ci dessous, James Suroweicki, journaliste et auteur de « La sagesse des foules », explique en quoi les médias sociaux sont devenus l’information. Il fait entrer avant tout dans ce terme les blogs qui forment pour lui l’intelligence collective qu’il décrit dans son ouvrage. Selon lui, le Tsunami de 2004 et les blogs qu’il a entrainé, marque le moment où la blogosphère est arrivée à un degré où ne pouvait aller les médias traditionnels, par leur vision quasi instantanée de la situation, par une couverture de l’information locale et non organisée.

Ce sont d’ailleurs les blogueurs qui vont enrichir la définition des médias sociaux au cours des années 2007 et faire émerger de nouveaux penseurs, ce que nous verrons dans le prochain article.

Au-delà de la communication : Le concept de musée créateur

Comme annoncé dans l’article précédent, je souhaite aborder aujourd’hui le concept du musée créateur, dont le musée de Brooklyn est un des plus parfaits exemples. Avant d’entrer dans le cœur du sujet, il convient de définir quelle signification j’entends donner à ce terme. Les musées, institutions culturelles, créateurs sont à mon sens ceux qui vont au delà de la communication dans les médias sociaux. Ils ont atteint un second palier qui consiste à s’approprier Internet et les médias sociaux, ils se caractérisent par une réelle compréhension des médias et de leur fonctionnement.

Les preuves de cette évolution se manifestent à l’intérieur même des réseaux. Il en résulte un changement de destination comme j’avais pu déjà vous le dire dans le post concernant la Novela et comme le prouvaient les statistiques Nielsen, les médias sociaux devenant une des sources premières dans la recherche de contenu.

Dans l’article précédent, un des facteurs de la compréhension du réseau et de son fonctionnement par le musée de Brooklyn se traduisait par la création de l’application ArtShare. L’intérêt de Facebook est en effet dans les applications, le bouche à oreille dont elles bénéficient formant l’essence même de ce réseau. Sans toutefois aller jusqu’à la création, certains musées ont déchiffré les clés du réseau Facebook et utilisent des applications existantes pour diffuser leurs oeuvres. C’est le cas de l’application intitulée Gift qui permet aux membres de s’envoyer des cadeaux virtuels sous forme d’images. Le musée de l’université de Glasgow, le musée Hunterian utilise cette application pour diffuser ses œuvres.

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Le musées de science de Boston reprend pour son compte le concept de Gift pour permettre de s’envoyer les animaux emblématiques du musée, comme le papillon ou le tyrannosaure. La création ou l’utilisation d’applications par le musée, lui donne l’occasion de créer une page qui informe le membre du nombre de personnes qui utilisent l’application, des nouveautés concernant celle-ci. Elle offre un moyen supplémentaire d’engager la discussion avec le visiteur.

giftboston

L’utilisation d’application existante sur Facebook donne-t-elle pour autant à un musée le statut de créateur et témoigne-t-elle de sa compréhension  des réseaux? Pour répondre à cette question il faut se pencher sur le site du musée, ses autres présences sur le réseau et sa manière de s’y présenter.

Concernant le musée Huntérian de Glasgow, sa participation sur Facebook est annoncée sur la première page de son site, ainsi que la réalisation d’une application sur Iphone. Les actualités du musée bénéficient pour leurs parts d’un Flux RSS. Sur Facebook, en dehors des informations sur le musée, est mis en valeur son entrée dans d’autres médias, comme Twitter, ou Flickr et You tube. Bien que ce musée marque sa présence dans les médias sociaux, celle-ci reste trop récente pour le qualifier de musée créateur, étant sur Facebook depuis Mars 2009, sur Twitter,Youtube et Flickr depuis Avril.

Pour savoir si un musée accède à ce nouveau stade de compréhension des réseaux, il importe comme vous pouvez vous en douter d’analyser en profondeur ce musée et son discours sur les médias. Se sera le principal objectif de la rubrique Focus initiée avec l’analyse du musée de Brooklyn.

Si la création d’application sur Facebook est un marqueur de l’évolution du musée vers un nouveau palier, celle-ci se manifeste aussi dans d’autres médias sociaux. Twitter est utilisé dans la diffusion de l’information, de manière instantanée et ininterrompue.

Etre créateur sur Twitter, c’est élaborer un contenu relié au site du musée et faciliter sa recherche. Ceci est rendu possible par l’ajout d’un symbole le # à un sujet particulier. Ainsi, l’accès au sujet se fait directement dans la partie recherche et toutes les informations publiées par le musée et d’autres membres apparaissent dans le média. Tant que l’institution fait vivre le sujet celui-ci peut être recherché sur Twitter. En effet, il n’y a pas d’archives sur Twitter, son essence étant d’apporter les informations en temps réel. Assimiler le fonctionnement de Twitter, se traduit par la création de sujets pour un temps donné, à l’exemple du musée d’Art Moderne (MoMA) de New York.

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En octobre, le musée souhaite savoir quelles expositions ses fans vont voir cet automne. Il lance le sujet dans les statuts du musée sur Facebook, il le reprend ensuite sur Twitter en créant pour cette occasion le sujet #fallart. Pendant tout le mois d’octobre sur Twitter, les fans répondent au musée et diffusent le sujet. Le sujet est repris, sous forme de Retweet par d’autres musées qui répondent à leur tour au MoMA en mettant leur propre exposition en valeur, comme le fait le musée de Boca Raton en Floride.

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Au delà de la facilité de recherche, par ce symbole se créé un réseau d’intérêt commun. Il donne ainsi la possibilité aux institutions de la culture de tisser une toile de la culture dans le réseau.

Un dernier exemple de ce nouveau palier atteint par certain musée, la création d’un compte sur Delicious. Sur ce réseau, le musée est créateur d’information, comme sur Twitter, mais son action y est différente. Sur Twitter, les informations données concernent dans un premier temps l’institution et font un lien direct vers le site du musée, elles peuvent ensuite concerner d’autres sites. Sur Delicious, le principe est en quelque sorte inverse, il s’agit de partager les liens que l’on trouve pertinents et non pas de renvoyer sur le site de l’institution.

C’est donc une présence qui traduit une véritable connaissance du réseau, des blogs scientifiques, des sites d’informations, qui sont en relation avec l’institution. De fait, peu de musées apparaissent sur ce réseau de partage de liens. Le musée de Brooklyn y est présent et partage des liens vers des articles venant de la presse, des blogs mais aussi vers des pages dans les médias sociaux ou même des documents. Ainsi, en novembre l’exposition sur la vie du Christ est enrichie par des liens vers un site d’informations publiant une interview d’une curatrice du musée et une vidéo de l’exposition.

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Si j’ai peu parlé des musées français dans cet article sur les créateurs et dans mes précédents articles, il faut souligner la présence de deux musées toulousains sur Delicious qui nous incite à les explorer plus en détails lors de prochains Focus. Ces musées sont le muséum d’histoire naturelle et le musée d’art contemporain Les abattoirs. Leur participation sur Delicious, se démarque même de celle des musées américains puisque ils ne se contentent pas de partager leurs liens, ils ont aussi formé leur propre réseau sur ce média. Delicious, permet en effet de suivre les liens d’autres membres qui font alors partie de son propre réseau.

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Représentation graphique des réseaux sur del.icio.us network explorer

Le concept de créateur, se manifeste donc dans différents réseaux et s’attache à la manière dont l’institution les utilise. C’est le fonctionnement même du média qui fait l’essence de son appropriation et de sa compréhension par l’institution. Les preuves de l’accès à ce second palier d’assimilation peuvent se manifester dans un ou plusieurs médias comme c’est le cas du musée de Brooklyn. Créateur d’application sur Facebook, de sujet sur Twitter, il est aussi présent sur Del.icio.us. Cependant cette prise de possession se manifeste aussi sur le site du musée et dans ses murs par le lien qu’il créé entre l’institution et les médias sociaux. C’est le cas notamment du MoMa qui fera l’objet du prochain Focus.

Les musées créateurs sont donc, comme vous le verrez, peu nombreux et la plupart ajoutent  l’expérience à la connaissance. Comme le musée de Brooklyn ils sont dans les réseaux depuis deux à trois ans. Et leur action, leur appropriation, nous permettent d’entrevoir un changement dans la relation du musée à Internet.

En accédant à un palier supplémentaire dans la compréhension, les musées, les institutions culturelles, changent ces médias, leur donnent une plus-value. Ils n’offrent plus simplement la possibilité de  gérer son réseau de communication, de diffuser les actualités, de dialoguer avec le public mais deviennent des sources d’informations scientifiques reconnus. Créateurs, ces musées le sont de leur présence sur Internet et dans les réseaux. Ils ne sont plus guidés par leur volonté d’entrer dans les réseaux, ils façonnent les médias sociaux et l’Internet à leur image.

Des conférences du mois d’octobre, regard sur la Novela

Au cours du mois d’octobre les conférences et ateliers portant sur les réseaux se sont multipliées dans toute la France. Après avoir suscité l’intérêt des grandes écoles et des sociétés commerciales, ce sont les musées et les institutions de la culture qui s’interrogent à présent sur leur utilisation et leur intérêt. Exemple de cet engouement la semaine de la Novela du 13 au 18 octobre organisée par la ville de Toulouse pour mettre en valeur le numérique sous toutes ses formes. Le musée des Beaux Arts de Toulouse, musée des Augustins faisait partie des institutions participantes et faisait l’ouverture de cette semaine en proposant le Mardi 13 octobre une journée sur le numérique au musée à laquelle j’ai eu la chance d’être conviée à participer.

Thème principal de la matinée, l’image numérique donnait l’occasion d’aborder le programme numérique du ministère de la culture et ses nombreuses bases de données. Je ne résiste pas d’ailleurs à vous dévoiler le sujet du prochain article, le nombre de ses bases et leur intérêt pour la culture et pour vous méritant un article entier pour les aborder et les explorer plus en détails.

Plus diversifiée les interventions de l’après midi portaient sur le musée sur Internet de ses premiers pas et actions majeurs aux réseaux sociaux en passant par l’exemple du musée Fabre de Montpellier et la refonte de son site .

Présenté à juste titre lors de la table ronde qui a suivi les ateliers, comme un des pionniers du numérique et d’Internet, Mr Jean Pierre Dalbera était le premier à intervenir et à faire partager ses idées non seulement lors de l’atelier mais aussi sur Internet via Slide Share. La question se pose de trouver un équilibre entre le site Internet du musée et les divers réseaux sur lesquels il apparait, de penser cette entrée dans un contexte général. L’Internet et les réseaux réalisent le concept déterminé par Xavier Dalloz de l’ ATAWAD, Any time, Any Where, Any Device.

J’ai moi même développé lors de cette conférence la question qui m’est chère de la présence des musées dans les médias sociaux.  J’en viens à privilégier le terme de médias sociaux face à celui de réseaux sociaux pour caractériser ces plateformes utilisées par la culture pour diffuser le savoir au delà du site Internet. En effet Facebook et Twitter les plus majoritairement utilisés combinent la communication et la création d’un réseau social sans être totalement pour Twitter un réseau social ou pour Facebook un média de communication.

Alors qu’il me semblait que le médium par excellence des musées en dehors de leur site était Facebook, j’ai pu lors de cette conférence aborder la question de Twitter et découvrir l’intérêt majeur qu’il représentait pour les musées et la culture. Si Facebook permet la communication mais aussi le dialogue, Twitter offre la possibilité de créer des liens permanents sur le site du musée, sur les autres manifestations du musées dans le Web 2.0 comme sa présence sur Youtube ou Flick’r, mais aussi sur les blogs, sites d’informations pour ainsi créer un véritable réseau de la culture et du savoir. Ce qui ressort de la présence des musées sur Facebook et Twitter fait intervenir la nature de ces médias et présente pour les musées et la culture une opportunité sans pareille. Par leur participation et par leur appropriation de ces médias les institutions de la culture peuvent en changer leur destination et véritablement réaliser un réseau de la culture. Ce changement est d’ailleurs en marche en Amérique, les musées sont présents sur Facebook depuis bientôt trois ans et déjà les comportements face aux réseaux évoluent, ils apparaissent ainsi parmi les sources les plus fiables en matière de recherche de contenu avec la recherche classique sur Google, comme le démontre les études parues sur le blog du site de statistique Nielsen Nielsen Wire.

Statistique Nielsen, Social media the next great gateway for content discovery

Je ne pouvais terminer cet article sur la Novela et les médias sociaux sans faire le lien avec la journée d’étude dédiée aux médias sociaux qui s’est déroulée le Vendredi 16 octobre au musée du Louvre et vous inviter à suivre ce lien vers les interventions de la journée publiées sur Slide share http://bit.ly/4cUcVV.

Les médias sociaux, les réseaux ne sont donc plus seulement des thèmes qui interrogent mais des thèmes mis en pratique. A présent la question n’est plus de se demander quel est leur intérêt mais bien comment le musée, la culture doivent s’y présenter et se les approprier.

Connection, réseaux,  » la façon dont nous les utilisons est ce qui nous différencie des autres » Albert-Lazlo Barabasi

Nous sommes entrés dans l’ère des réseaux, c’est ce qu’affirme le Physicien Albert-Lazlo Barabasi, dans une conversation informelle avec le politologue James Fowler publiée et traduite par InternetActu.net :« le siècle des réseaux ».

L’Internet, les réseaux sociaux en sont une des manifestations. Présents dans notre quotidien, aussi bien privés que publics ils sont devenus des organes de médiations privilégiés. Ce sont les questions posées par leur entrée dans le monde de la culture et des musées qui ont marqué le point de départ de mes recherches, les nouveaux enjeux qu’ils suscitent m’incite à présent à poursuivre ces réflexions en réalisant ce blog.

Témoignage de la présence des institutions culturelles sur les principaux réseaux sociaux tels que Facebook ou les réseaux émergeant tels que les communautés Ning ou Twitter, ce blog se veut un observatoire de l’usage des réseaux.

Par  la publication d’interviews, d’articles analysant les réseaux et une veille constante sur les nouveaux usages, il vise à apporter des éléments de compréhension et mieux cerner les enjeux des nouveaux médias.

Point de départ de ce blog mon mémoire portant sur les questions posées par l’entrée du musée dans la communauté et principalement sur Facebook.