L’histoire par l’image et les blogueurs, le commencement d’une belle histoire

Une fois n’est pas coutume je souhaite ce mois ci revenir sur un de mes anciens articles et vous faire part d’une initiative auquel je viens d’être associée. Bien que je souhaitais voir avec vous la prise de pouvoir des institutions sur les réseaux, je reporte ce sujet qui ne cesse de s’enrichir pour vous parler du site, l’histoire par l’image.

Il y a quelque mois je déplorais l’absence de collaboration sur le site, et l’appelais de mes vœux. La présence des médias sociaux donnant au site une nouvelle dimension, en donnant au visiteur la position d’acteur. Or cette question est à présent au cœur des préoccupations du site. Le site à subit de nombreuse évolution mettant en lumière une dimension collaborative. Une fonctionnalité de commentaire à été ajoutée sur les études, faisant le lien aussi avec les réseaux Twitter et Facebook.  

www.histoire-image.org 2010-12-1 9-40

Depuis quelque temps le site fait appel à des consultants pour aller au delà des commentaires et s’adresser cette fois aux communautés établies : celle des blogueurs. J’ai moi même reçut une première invitation à évaluer le site au moyen d’un questionnaire. Mais cette étude n’était que la première étape de notre implication en tant que blogueur. La seconde étape est en fait à l’origine de cet article. Il nous est demandé à présent de réaliser le prochain hors série du site sur le sujet de notre choix, parmi les thématiques du site. 

www.histoire-image.org 2010-12-1 9-44

 Les projet seront examinés par un comité regroupant la réunion des musées nationaux et le ministère de la culture. Les blogueurs ont jusqu’au 19 décembre pour envoyer leur projet. Les hors série gagnants seront mis en ligne avec la mention du blog auteur. Il ne tient qu’à vous chers lecteurs de donner vie à cette initiative. Je vous invite à commenter cet article et revenir vers moi si vous souhaitez participer. Nous devons choisir parmi les thématiques du site celle que nous préférons, sélectionner les études qui l’illustrent le mieux, et enfin rédiger les textes d’accompagnement. Voici le hors série sur la seconde guerre mondiale réalisé depuis peu. 

http://www.histoire-image.org/site/lettre_info/hors-serie-premiere-guerre-mondiale.php

 à présent c’est à nous de jouer 

Ning chronique d’une mort annoncée ? Quand Internet reprend ses droits

Le 4 mars 2010, une nouvelle ébranlait le monde des réseaux sociaux, l’annonce par son directeur de l’arrêt de la gratuité du réseau Ning. Alors que de nombreux groupes de musée s’étaient fondés sur Ning et permettaient aux professionnels d’échanger leurs expériences, que certain musée avait créé leur propre réseau, la chute de ce réseau apparait comme un cas d’école dont il nous appartient de tirer les leçons.

Le réseau Ning a vu le jour en 2005, son propos était de permettre à quiconque de créer son propre réseau social à l’image d’un Facebook personnel, alliant le blog et la notion de membre. La croissance de ce réseau fut exponentielle comme le démontrait les articles du site Mashable spécialisé dans les réseaux sociaux, en Mars 2009 un million de réseaux sociaux s’étaient créés sur cette plateforme. Cette même année son trafic augmentait de près de 300% par an et comptait 5.6 millions d’utilisateurs seulement aux État-Unis, encore en 2010 le nombre d’utilisateurs de Ning ne cessait d’augmenter, 20 millions par mois. Malgré tout le site opère à présent des coupes sombres dans son personnel et demande à tous ses utilisateurs une contribution monétaire. Sur le site Mashable, celui là même qui vantait les vertus de Ning pour trouver un emploi ou donner de nouvelles perspectives à sa carrière, les erreurs de Ning sont pointées et des alternatives sont proposées.

Comme Mashable le dit très justement, les chiffres sur le papier étaient très beau et nous avons vu ce réseau au travers de lunettes roses. Or selon le nouveau directeur de Ning le service gratuit ne pouvait fonctionner et pour faire de Ning un grand succès il devait se porter exclusivement sur le service payant et travailler à son amélioration. L’annonce du directeur fut aussi relayée sur le Blog de Ning et donna lieu à plus de 600 commentaires tous déplorant cette décision. Parmi ces commentaires la plupart concerne des réseaux à caractère éducatif ou non commercial, tous pointant le fait que leur réseau n’était pas créé pour faire de l’argent bien au contraire. Certain de ces commentaires sont je l’avoue bien émouvant et de nombreux créateurs de réseau se voient dans l’obligation de fermer un réseau ou ils avaient porté tout leurs efforts, pour tous cette décision est bien cruelle. Au delà de la logique économique qui transparait dans le changement de ce réseau nous assistons peut être à la chronique d’une mort annoncée, car qui sait combien de réseaux vont fermer, même parmi ceux qui payaient déjà les services premium puisque ceux-ci se voient aussi doublés.

Cependant ce cas d’école doit surtout nous servir de leçon. Un de ces commentaires nous le prouve bien et nous ramène aux principes même d’Internet qui parfois peut nous échapper, « l’incertitude est l’émotion la plus préjudiciable sur Internet ». Or dès sa création, après l’éclatement de la bulle Internet, et toujours maintenant l’Internet reste un environnement en perpétuel changement qui évolue sans cesse. D’autres commentaires le rappel en disant adieu à Ning et en se portant vers d’autres sites proposant les mêmes services. Car Internet c’est aussi ça, un service disparait d’autres se créent et apprennent de ses erreurs. Myspace puis Facebook se sont construits après la chute de Friendster. Quand la réflexion nous est faite que les réseaux sociaux vont peut être péricliter et que de fait les institutions ne peuvent se permettre de s’y investir, c’est le principe même de l’Internet qui est dénié.

Entrer dans les réseaux sociaux, c’est aussi comprendre les données intrinsèques du Web : changement perpétuel, évolution, partage, diffusion, mais c’est avant tout rencontrer son public et dialoguer avec lui. Le site internet proprement dit reste le point d’encrage du musée sur la toile. Continuité virtuelle du musée, il se distingue par la richesse de son contenu qui se doit ensuite d’être partagé et diffusé hors du site sur les réseaux de toutes sortes. Les réseaux sociaux vont évoluer inévitablement c’est le propre d’Internet, mais leur fonction reste la même quel-qu’ils soient, ce sont des liens entre le public et le musée.

Quand Histoire de l’art rime avec conversation et collaboration : Smart History

Dans les articles précédents je vous ai laissé entendre que le site Artbabble ne s’était pas entièrement dévoilé. Dès la page d’accueil en effet,  l’une des vidéos de présentation se détache par le sujet qu’elle traite et par sa facture. Alors que le site est plus accès sur l’art contemporain, les interview d’artistes ou de conservateurs, cette vidéo présente un chef d’œuvre de l’art classique, et l’entrée sur la vidéo se fait par le tableau lui même. Le clic sur la vidéo nous mène donc non pas vers un musée qui forme la majeure partie des partenaires d’Artbabble mais vers un nouveau site : Smart history.

Au delà d’un énième site sur l’histoire de l’art, Smart History offre une nouvelle manière d’apprendre et d’enseigner. Cet objectif, nous est révélé dans le titre même du site, qui invite à une conversation sur l’art. Le projet est ensuite défini dans la rubrique about qui permet avant de plonger dans l’analyse du site d’en connaitre les auteurs et d’en savoir plus sur le site lui même. La première phrase d’explication se révèle très claire, c’est l’enseignement même de l’histoire de l’art qui est visé, tant par la difficulté d’accès au source ; livres trop chers avec trop d’images et peu d’analyse que par le manque de contenu sur Internet. Dans un premier temps, les auteurs créent un blog et développent du contenu sous forme de podcast et de vidéo pour accompagner leurs cours. L’étape suivante, consistait tout naturellement à créer un site, ce que les auteurs font en adoptant le ton et la liberté du blog. Ils créent donc ce site qu’ils nomment un web livre et dont l’ambition est d’accompagner et même de remplacer le traditionnel livre d’histoire de l’art, mais aussi de donner accès à tous au savoir sur l’art. Il importe à présent d’explorer ce site et les promesses qu’il fait à l’étudiante en histoire de l’art que j’étais, il n’y pas si longtemps.

Pour notre plus grand plaisir la page d’accueil se présente sous la forme d’une chronologie, illustrée par des tableaux clefs. Dans la période de la Renaissance, les plus grands peintres nous accueillent, Michel Ange et sa Pieta, Leonard de Vinci avec la Joconde. Je  décide de cliquer sur le portrait de Bronzino. La nouvelle page qui se présente, se compose d’une vidéo au centre et de divers onglets à gauche et à droite de la vidéo. Dans la vidéo les auteurs se livrent à un dialogue sur le thème du portrait maniériste en prenant appui sur deux portraits de Bronzino  l’un au Métropolitan museum de New York l’autre à la Collection Frick en Angleterre,  le ton se veut léger presque enjoué et nous incite à suivre la conversation.

Illustrant la période de la fin de la Renaissance le portrait de Bronzino s’accompagne sur la gauche des divers thèmes et artistes qui l’entouraient dans la chronologie. Ainsi, on peut découvrir la Renaissance à Venise ou ce qui est appelé la Haute renaissance avec Léonard de Vinci ou Michel Ange. La Renaissance à Venise est illustrée par un tableau peint par Bellini et Titien. Cette plongée dans la Renaissance de Venise donne l’occasion aux auteurs de proposer de nombreux liens : sur le site lui même vers une vidéo concernant cette fois ci Bellini seul,  mais aussi dans la partie droite vers d’autres sites, le site de la National Gallery ou la peinture est exposée, le site Webexhibit qui offre une analyse complète du tableau au moyen d’infra rouge et de rayon x donnant ainsi la possibilité de différencier la touche des deux peintres, et enfin vers le mini site consacrée en 2009 à l’exposition Titien, Tintorret, Veronèse au Musée d’art de Boston. Ces liens sont placés dans la partie droite de la page, qui est enrichie par ailleurs d’une mosaïque de photo Flickr sur ce même thème. Les médias sociaux et le principe de collaboration font en effet partie intégrante du site comme nous allons le voir à présent.

Né d’un blog son aspect communautaire est visible dès la page d’accueil. Les vidéos présentées sur le site sont accessibles sur Youtube et Viméo deux sites de partage de vidéo et bien sur sur Artbabble qui est partenaire du site. Un groupe spécifique a été créé sur Flickr, il est intitulé vos images Flickr et propose à ses membres de contribuer pour enrichir l’enseignement en image nouvelle. Un compte sur Twitter est aussi consacré au site, accessible dès la page d’accueil et inséré dans le blog, il est animé par l’un des auteurs du site et se nomme @drszucker. L’aspect collaboratif  est donc un point majeur du site, deux onglets le mettent particulièrement en valeur : l’onglet contribuer et l’onglet créer et enseigner.

La contribution peut donc se faire sous forme de photo, mais aussi sous forme de contenu, les auteurs demandant aux enseignants, artistes, critiques, de les contacter par mail pour enrichir le site. Les auteurs sont aussi à la recherche de nouvelles idées pour améliorer le site et donnent pour cela aussi leur mail. Dans la partie créer et enseigner les auteurs mettent à la disposition de tous les méthodes qui sont à l’origine du site : conversation et technologie. Il explique ainsi pas à pas comment créer un contenu enrichi par l’image et la vidéo et quels sont les outils utilisés pour le faire. Dans la partie enseigner, ils proposent d’utiliser le site pour enseigner en cours, et demandent aux professeurs leurs témoignages par mail. Dans cette partie une page entière est consacrée aux images et aux outils permettant de les visualiser et de les utiliser. L’aspect communautaire prend toute son ampleur dans le blog. En mars 2008 on pouvait voir et entendre des podcasts d’étudiants ayant travaillé sur l’exposition Courbet, un lien est d’ailleurs fait sur ce travail dans la partie enseigner avec les images. Le blog permet de mettre en valeur à la fois le site en informant sur les nouvelles entrées, mais aussi les initiatives d’autres enseignants, élèves ou amateurs à travers le monde. C’est le cas du post du mois de janvier 2010 consacré à la vidéo youtube d’un amateur sur une sculpture à Rome.

Le site se révèle à la hauteur de nos attentes. Il offre un véritable enseignement en histoire de l’art, mais ce qui le distingue d’autres sites plus institutionnels c’est son ouverture vers la communauté, par les réseaux de partage de photo, par le blog et les liens qu’ils proposent pour enrichir toujours plus l’enseignement. Je ne vous cache pas d’ailleurs que ce post n’offre qu’un aperçu du site et je vous invite à explorer toutes ces richesses, en attendant voici une des vidéos présentant l’histoire de l’art, déposée par les auteurs sur Artbabble.

Un panorama visuel du discours sur les médias sociaux

Au cours de ces dernières semaines, vous avez pu voir sur le blog, comment s’était formé la pensée sur les médias sociaux et quels étaient ses thèmes de prédilection.

Avant d’aborder plus en détails ces thèmes et de faire en quelque sorte entrer ce blog au coeur de ce discours, je vous propose aujourd’hui un panorama en image des blogs parcourus.

J’en profite aussi pour vous souhaitez de joyeuse fêtes, le blog aussi prend des vacances, vous le retrouverez dès le premier week-end de janvier.

Panorama du discours sur les médias avec Zoomorama.

Pour profiter pleinement de l’album n’hésitez pas à le regarder en plein écran, à zoomer à l’aide de la souris et à cliquer sur les images, elles mènent toutes vers leurs blogs respectifs.

Médias sociaux : de l’origine du terme à ses penseurs. Vers une introduction au discours sur les médias sociaux

Après cet intermède hors réseau, revenons à notre sujet de prédilection les médias sociaux. Je n’ai pas osé dire revenons à nos moutons, cependant c’est en quelque sorte un emblème des réseaux sociaux. Ils ont été choisis par Matthew Fraser et Soumitra Dutta, chercheurs spécialisés dans les réseaux pour le titre de leur livre  » trowing sheep in the boardroom » qui en français se traduit littéralement par « jeter le mouton dans le conseil d’administration », que je vous avais présenté dans mes premiers articles. C’était, et c’est encore une des actions privilégiée sur le réseau Facebook pour attirer l’attention d’un de ses amis. En effet, les réseaux sociaux qui font partie des médias sociaux, en alliant le privé au public, peuvent être considérés et le sont souvent comme des instruments de loisir, peu propice à avoir un quelconque poids sur les institutions.

Si j’ai pu vous montrer dans les précédents articles, l’importance de ces médias pour certain musée et leur rôle dans la diffusion de la connaissance, il importe à présent de prendre du recul et d’étudier de plus près le phénomène et son origine. Je souhaite à présent commencer l’exploration des médias sociaux et voir avec vous  les origines du terme et ses principaux penseurs.

Mon premier réflexe dans l’étude du terme le chercher sur Wikipédia, et oui en tant que spécialiste des réseaux sociaux et du Web 2.0, pour connaître l’origine des médias sociaux, un outil collaboratif semble dans un premier temps tout indiqué. L’article s’avère encore en cours d’amélioration et averti sur son caractère non objectif étant plus un essai personnel qu’un vrai travail collaboratif. Selon Wikipédia, ce serait Chris Shipley directrice et fondatrice du Guidewire groupe devenu depuis une entreprise de conseil dans les nouvelles technologies qui serait à l’origine de la notion. Le terme aurait été utilisé pour la première fois par Chris Shipley et les membres du Guidewire au cours de discussions précédent la conférence « Blog On » intitulée elle même  » le business des médias sociaux »« portant sur l’évolution, des blogs, wikis, réseaux sociaux et technologie relative, en de nouvelles forme de médias participatifs ». L’intérêt étant la date d’apparition du terme : 2004. C’est aussi la date de publication d’un très important ouvrage, celui de Dan Gilmore, We The media, grass root journalisme by the people for the peolple, «  Nous les médias, le journalisme de base par le peuple pour le peuple », sur les rapports entre les médias et les nouveaux outils apportés par Internet. Selon Tim O’reilly acteur incontournable du Web 2.0, à l’origine du terme et de sa définition, Dan Gilmore est « le premier journaliste reconnu à avoir crée son blog » c’est aussi un des premiers chroniqueurs de l’essor de la Silicon Valley et d’Internet. Il faut ajouter que Dan Gilmore poursuit aujourd’hui sa pensée sur un site collaboratif qui se veut aussi la suite de son livre, Mediactive.

mediactive

Dans le terme médias sociaux, il y a média et il va en réalité concerner dans les premiers temps de son apparition, la presse. Ce que Dan Gilmore observe dans son ouvrage, c’est le changement apporté par Internet, les portables et les médias numériques dans la production de l’information. Car toute personne peut produire une information en ligne sur ce qui ce passe n’importe où et à tout moment. En 2004, O’reilly se dit à « l’orée d’un profond changement dans la manière dont nous produisons et consommons l’information« . Si je me suis penchée dans ce blog sur les institutions culturelles, il importe de rappeler que la question des médias sociaux concerne à l’origine la presse et son rapport à l’audience.

C’est avant tout un changement du paysage de la presse et ce sont les blogueurs qui en sont pour parti à l’origine. Lors de la conférence TED de 2005, conférence regroupant les principaux acteurs de la technologie, des médias et du design, que vous pouvez voir ci dessous, James Suroweicki, journaliste et auteur de « La sagesse des foules », explique en quoi les médias sociaux sont devenus l’information. Il fait entrer avant tout dans ce terme les blogs qui forment pour lui l’intelligence collective qu’il décrit dans son ouvrage. Selon lui, le Tsunami de 2004 et les blogs qu’il a entrainé, marque le moment où la blogosphère est arrivée à un degré où ne pouvait aller les médias traditionnels, par leur vision quasi instantanée de la situation, par une couverture de l’information locale et non organisée.

Ce sont d’ailleurs les blogueurs qui vont enrichir la définition des médias sociaux au cours des années 2007 et faire émerger de nouveaux penseurs, ce que nous verrons dans le prochain article.