Médias sociaux : Au seuil d’une nouvelle société

Si le rapport à la presse est inhérent au terme même de médias sociaux, leur impact dépasse la sphère des médias pour toucher la société dans son ensemble. Ce changement est visible dés les années 2006 et fait l’objet lui aussi d’une littérature importante. Marketing, éducation, société sont au coeur des discussions orchestrées sur la toile. Je souhaite aborder avec vous aujourd’hui les prémisses de cette pensée et clore ainsi le chapitre des origines des médias.

Alors que Brian solis était un des principaux acteurs du discours sur les médias sociaux et la presse, Marianne Richmond avec son blog http://www.resonancepartnership.com orchestre son évolution dans la sphère sociale. Après la presse la question des médias sociaux se pose dans le champs du marketing et de la consommation. Si le terme de médias social n’est pas encore utilisé sa principale manifestation ; le bouche à oreille, est au cœur des changements de comportements du consommateur. Dans son post en 2006,  Quelle est la nouveauté concernant le bouche à oreille?  Marianne Richmond brosse le portrait d’individus connectés entre eux , créateurs de contenu, cherchant les informations avant d’acheter un produit. En citant Peter Kim et l’internet social c’est la question même du rapport du consommateur aux compagnies qui est abordée et la nécessité pour celles-ci de s’adapter aux nouvelles attentes du consommateur:  «Pour grandir vers une ère de l’internet social, les compagnies doivent abandonner le management d’èchelle, les tactiques de communication, faire entrer les communautés dans leurs produits, services ». L’évolution de la consommation révèle un point crucial que l’on retrouve dans la pensée sur les médias. Ce n’est plus une question de technologie ou d’outils mais bien une question de relation : «  ça concerne la technologie mais c’est la relation ». Ce que font les blogs, les médias sociaux c’est avant tout donner la voix et initier une conversation.

Dans les années 2007, le discours quitte le domaine du marketing pour aborder la société dans son ensemble. Dans son article « Les médias sociaux : quelque chose de différent arrive maintenant», Marianne Richmond aborde cette fois-ci la question de l’éducation et le monde enseignant. L’entrée en jeu de la relation et de la conversation bouscule aussi le schéma traditionnel de l’éducation et de la culture. Si tout consommateur peut aussi être publicitaire, producteur, journaliste, consultant, prendre la forme d’un « consom-acteur », toute personne devient un expert dans son domaine et peut donc transmettre son savoir. Vicky Davis dans son blog Cool cat teacher vente les mérites d’un outil tel que Skype pour mettre les élèves en relation avec les experts et augmenter le nombre d’enseignants volontaires, « chaque personne est un enseignant ». Dans le domaine de l’enseignement Henri Jenkins,cité lui aussi par Marianne Richmond étend le discours au monde de l’université, par son article intitulé « You Tube to Youniversity ». Il met face à face la nouvelle organisation sociale que tendrait à former les groupes dans les médias sociaux que Cory Doctorows nomme « Adhocratie » et l’université traditionnelle :

  • D’une part l’adhocratie qui vient du terme Ad Hoc, qui est une forme « d’organisation sociale et politique avec peu de structures fixes ou de relations préétablies entre les participants, un minimum de hiérarchie et un maximum de diversité ».
  • D’ autre part l’université traditionnelle, qui selon lui est caractérisée par «des frontières rigides entre les disciplines et les départements » et « construit une série d’obstacle légale qui rendent difficile de collaborer au sein même de l’organisation ».

Jenkins, propose alors d’imaginer une université fonctionnant sur le même principe qu’une Adhocracy, sur le modèle de You tube,  « permettant le rapide déploiement d’expertises éparpillées et la reconfiguration dynamique des départements ». Ce modèle permettrait une plus grande collaboration entre les départements, avec les étudiants, pour enrichir la connaissance elle-même. De fait les médias sociaux sont déjà présent dans les universités la plupart des étudiants sont des blogueurs et des créateurs de contenus dans les différents médias. Au delà de la vision d’une Youniversité les médias sociaux commencent à faire évoluer le monde académique lui même et à changer la manière de publier et de donner accès à la connaissance. Jenkins, cite le journal en ligne « Flow » édité par l’université du Texas à Austin, qui rassemble les spécialistes dans les médias sur la question des changements des médias contemporains et qui contrairement à une publication universitaire, privilégie les réponses courtes, accessibles. Signe de cette évolution du monde académique le journal en ligne flow est à présent une véritable chaine de télévision sur Internet.   C’est l’ouverture du discours universitaire au public qui se joue dans la Youniversité, mais le changement le plus profond que l’on voit dans l’éducation et plus largement dans l’accès à la connaissance concerne celui qui accède au savoir, à la culture : le public lui-même.

Dans un monde qui selon Mark Federman, chercheur sur les médias et la culture, est au cœur d’un changement culturel majeur, ou la valeur de la connaissance et l’autorité des savants tant à vaciller, le public en tant que tel semble ne plus exister. Stow boyd et Jay rosen parle de « personne connues avant comme public ».

Connecté, participatif, acteur du contenu il entend collaborer et changer profondément son rapport aux institutions. Connectivité et proximité sont à présent les maitres mots des nouveaux penseurs sur les médias et brossent le portrait d’une nouvelle société, où chacun est connecté à chacun, où toute information est accessible au travers de différent médium ou la communication est instantanée. A l’orée de 2010 le portrait n’est plus une ébauche, les traits s’affirment et se rapprochent de notre conception actuelle de notre rapport à l’information et à la culture.

De nouvelles questions se posent alors , y a-t-il des limites à la conversation ? Comment va évoluer le rapport à la hiérarchie ? Peut-on encore parler d’autorité ? Autant de challenges auquels vont devoir faire face le monde de la culture et notre société.

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