Créateur et pionnier : Le musée de Brooklyn

Dans ce post, je souhaite commencer une nouvelle rubrique du blog que vous pourrez retrouver dans la catégorie Focus. Réellement ciblée sur le Web 2.0 et les médias sociaux, je vous propose ici l’analyse détaillée d’un site de musée ou d’une institution culturelle. Vous trouverez ceux qui vont au delà de l’entrée dans les médias sociaux : les créateurs, les pionniers, qui s’approprient les médias contribuent à en changer leur destination et font évoluer le musée lui même. Le concept même de créateur fera l’objet du prochain article, mais j’ai tenu dans un premier temps à vous présenter celui qui, selon moi, en est à l’origine : le Musée de Brooklyn et débuter avec lui la série des Focus.

Créé au dix neuvième siècle pour donner vie à un quartier, l’ancêtre du musée de Brooklyn, le Brooklyn Institute of Art and Sciences est entendu comme le point focal d’un plan culturel, éducatif et récréatif, c’est ce qu’ on peut voir sur le site du musée dans la rubrique about. L’importance du rapport à la communauté atteint son apogée en 1960 avec Duncan Cameron alors directeur du musée et pionnier de la nouvelle muséologie. Selon lui, le musée doit nouer une relation avec son public et contribuer à son éducation. Sur le site, les préceptes de l’ancien directeur s’affichent dans la mission même du musée : la primauté de l’expérience du visiteur. En tentant l’aventure des médias sociaux le musée poursuit sa volonté d’aller vers le public et de faire participer sa communauté.

Les premiers pas du musée dans les réseaux sont présentés lors des conférences Museums and the Web. Quelques précisions s’imposent sur ces conférences : elles sont créées en 1997 à la suite des conférences internationales sur l’hypermédia et l’interactivité dans le musée (ICHIM) nées pour leurs parts en 1991 pour promouvoir le multimédia auprès des professionnels du musée. Les conférences Museums and the Web se veulent plus spécialisées sur Internet et rassemblent musées et professionnels autour de cette question. Chaque année ces conférences donnent l’occasion de connaître les musées les plus innovants et dessinent les contours du musée de demain. Pour en savoir plus voici le lien vers la prochaine conférence qui se tiendra à Denvers en 2010 http://bit.ly/MW2010

C’est donc lors des conférences de 2007 que la première mention des médias sociaux apparaît, sous la plume de Shelley Bernstein, directrice du pôle multimédia pour le musée de Brooklyn, dans un article intitulé : «  Créer une communauté en ligne au musée de Brooklyn : une chronologie ». L’entrée du Brooklyn dans les médias sociaux est aussi relayée dans le blog du musée, renforçant l’idée de coopération et de partage inhérente au Web 2.0. La relation du musée de Brooklyn avec les outils du Web 2.0 ne se limite d’ailleurs pas aux médias sociaux mais fait aussi intervenir toutes ses autres formes : blog, flux d’informations avec les flux rss, contenu audio et vidéo portable avec les podcats et présence dans les réseaux de partage.

Le site du Brooklyn

Le blog du musée offre un autre point de vue sur le musée  en donnant la parole aux conservateurs, en montrant le montage des expositions. Les nouvelles expositions du musée bénéficient d’un flux rss auquel le visiteur peut s’abonner. Les podcasts donnent accès au savoir du musée, aux conférences qui s’y sont déroulées. Le musée marque aussi une forte présence dans le réseau de partage de photo Flick’r et le réseau de partage de vidéo You tube. C’est de plus, une manière pour lui de renforcer son lien avec le public puisqu’il présente sur le site du musée les photos des membres du musée sur Flick’r et non pas celles publiées par le musée lui-même. Toutes ces manifestations font partie d’une rubrique dédiée à la communauté à l’intérieur même du site Internet, intitulée community.

L’aventure du musée avec Facebook, commence en 2006 quand cette plateforme s’ouvre au public et surtout aux développeurs d’applications. A cette occasion, sont créées les News Feeds qui informent les membres des changements portés sur la page de leur amis, ainsi si un membre ajoute une application ses amis en sont immédiatement informés. Pour les créateurs d’applications, Facebook devient un bouche à oreille planétaire, c’est précisément  l’article sur Facebook paru dans la revue Wired et soulignant le succès de l’application de partage de photo Picnik qui va éveiller la curiosité de Shelley Bernstein.

Page du Brooklyn sur Facebook

Pour elle et son équipe, c’est l’occasion de porter la communauté sur d’autres sphères et de diffuser les collections du musée à une échelle planétaire. Le musée va donc dans un premier temps créer un groupe, puis une page quand celles-ci voit le jour en 2007, en commentant sur son blog les étapes de cette création. Cependant le musée n’entend pas seulement être présent dans le média et communiquer avec sa communauté, il souhaite réellement participer à la vie même du média et sait qu’un de ces atouts principaux réside dans le concept d’application.

Il va donc devenir créateur et mettre en place une application directement en lien avec l’art : Artshare. L’appropriation du média se traduit par cette application, elle n’est pas seulement dédiée au musée de Brooklyn mais à tous les musées, à tous ceux qui souhaitent diffuser de l’art sur Facebook  donc au réseau lui même. Cette application donne la possibilité aux musées de mettre en ligne les objets phares de leurs collections et de les publier sur leurs pages. Du coté des membres qui téléchargent cette application, elles leur donnent l’occasion d’exposer sur leurs profils les oeuvres des musées qu’ils préfèrent. A ce jour 37 musées participent et leurs nombres croît chaque mois.

Artshare

Pour le Brooklyn, entrer dans les médias sociaux c’est en faire partie intégrante et ainsi engager une réelle relation avec ses membres. Sur Twitter, est mise en valeur la personne qui administre la page, Shelley Bernstein dénommée pour l’occasion la geek en chef du musée.

Le brooklyn sur Twitter

Vous avez pu voir dans cette analyse le musée dans les médias sociaux or cette action a aussi un impact sur le musée réel et je conclurais ce post sur deux exemples de liens entre le virtuel et le réel.

En juin 2008, le musée lançait sur Facebook une expérience intitulée Click a crowd curated exhibition,visant à faire du public le curateur d’une exposition. Les artistes et leurs oeuvres étaient choisis par les membres d’un forum créé pour l’occasion auquel renvoyait la page du musée sur Facebook. Les résultats furent ensuite examinés par un jury d’expert et les oeuvres furent exposées dans le musée selon le choix fait dans le forum.

En décembre 2008 une autre étape était franchie dans le lien entre musée réel et virtuel, une nouvelle catégorie de membre de musée voyait le jour intitulée : First Fan. En rapport direct avec la présence du musée dans les médias sociaux, le membre First Fan bénéficie à la fois d’avantages dans le musée, comme la participation exclusive aux rencontres du vendredi, à des ateliers, l’ entrée prioritaire aux séances de cinéma, et dans les médias sociaux avec une page dédiée sur Twitter et l’accès aux mises à jour sur les médias de son choix.

Si la présence dans les médias sociaux est avant tout synonyme de communication et de dialogue, le musée de Brooklyn va au-delà. Ayant franchit un nouveau palier, il n’est pas seulement présent dans les médias mais se les ait appropriés, il est devenu créateur de son réseau. Il en vient sur son site à donner vie au concept sous-jacent à tout réseau social, celui de la communauté d’intérêt, avec la rubrique Posse. Définie comme un groupe ayant un intérêt commun elle montre les personnes ayant le plus contribué au site du musée. La participation qui est mise en valeur ici entre en fait dans les fondements même du musée puisque c’est celle qui consiste à tagger les oeuvres d’art, à leur donner de nouveaux noms, à les commenter ; fonction d’identification des oeuvres inhérente à la mission scientifique du musée.

En créant sa communauté d’intérêt, en jouant pleinement le jeu de la participation, du partage dans toutes les sphères du musées,  ce musée abolie la frontière entre lui et le visiteur, tous font partie d’un même groupe. Il n’est plus seulement question d’un changement de destination des médias sociaux, mais de l’évolution même du musée. C’est l’avenir du musée réel qui se joue dans ces plateformes virtuelles.

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