Archive pour la catégorie ‘Analyses’

Pistes de lecture pour l’avenir des musées

Dimanche 26 septembre 2010

Pour ce premier article de fond, je souhaitais vous faire partager une des lectures qui m’a tenue en haleine tout l’été. Certain d’entre vous l’auront deviné, puisque je n’ai pu résister à en partager quelques phrases sur Twitter et Tumblr, ce livre n’est autre que «  The participatory museum » de Nina Simon. Je ne vous ferais pas, même si la tentation est grande, une synthèse de tout l’ouvrage, mais en détacherais les points essentiels et vous inciterais vivement à le lire dans son intégralité ;  les exemples et les études de cas que vous y trouverez formant autant de piste pour les musées et institutions culturelles futures.

Je ne vais pas non plus vous présenter en détail son auteur, que j’ai souvent eu l’occasion de citer dans ce blog et que vous connaissez déjà très bien. Ayant travaillé pour de nombreux musées, Nina Simon et aussi et surtout l’auteur du blog, Museum2.0 une source inépuisable pour les musées. Entrons donc sans plus tarder dans le vif du sujet : le musée participatif.

L’essor du Web 2.0 fait entrer la question de la participation, du dialogue, dans le quotidien. Les réseaux sont omniprésents et incitent à de nouveaux comportements. La présence des musées dans ces mêmes réseaux les ajoutent à l’équation, comment faire face à un public en attente de dialogue dans les murs même du musée ?

Tout le propos et le but du musée participatif est là : faire évoluer le musée de l’échange sur la toile à l’échange in-situ.  Le musée sur la toile n’est qu’une première étape, la participation elle-même comprend plusieurs stades qui sont selon Nina Simon, évolutif et

« dépendent de la valeur et du comportement que l’institution souhaite promouvoir ».

Elle répertorie ainsi cinq étapes, qui vont de l’accès au contenu, à l’affirmation de l’institution comme lieu social. Ainsi le visiteur consomme le contenu, interagit ensuite avec lui, voit ces actions être agrégées dans un réseau, ces mêmes actions le font par la suite interagir avec d’autre visiteur et avec le personnel du musée, pour qu’enfin l’institution devienne un lieu d’échange et de rencontre enrichissante.

La relation au contenu est donc à la base de toute participation, elle entre d’ailleurs dans la définition même d’une institution participative :

« où les visiteurs peuvent créer, partager, échanger ensemble autour du contenu. »

Un des points essentiel du livre réside dans les clefs données pour analyser la participation et ainsi mieux la comprendre et la rendre effective. Les principes majeurs portent sur l’institution et le regard qu’elle porte à son public.

Elle doit avant tout, le respecter et lui faire confiance. Si un musée décide de s’adresser à son public en lui posant des questions, il doit vouloir entendre sa réponse et ne pas préjuger de ses compétences. Si le public est incité à contribuer il doit voir de manière prompte le fruit de ses efforts. Le respect de la participation passe par le dialogue constant de l’institution avec les membres.

Un autre point majeur réside dans les buts de la participation, celle-ci doit servir l’institution et entrer dans sa mission. Ce qui est demandé au participant n’est pas vain, il peut s’agir d’apporter de nouvelles voix à l’institution, de créer de nouvelles formes d’exposition… Ce qui est réalisé par la participation ne peut être fait par l’institution elle-même et demande cet apport extérieur.

Cette ouverture de l’institution ne se fait cependant pas de manière chaotique et démesurée, ce que nous apprend aussi la lecture de Nina Simon c’est l’importance de l’encadrement. Le musée se doit de faciliter l’échange en guidant l’expérience. Plus les instructions seront claires, mieux elles seront suivies et afficheront tout l’intérêt que porte le musée à cette participation.

C’est donc bien un nouveau musée qui se dessine dans le musée participatif. L’évolution que laisse entrevoir la participation dans les réseaux sociaux, n’en est en faite que les prémisses. Bien au-delà du dialogue, ce sont les personnes que nous invite à prendre en considération Nina Simon : personne du visiteur, producteur, acteur, qui collabore avec le musée, personnes qui sont derrière l’entité musée, qui travaillent au plus près des visiteurs, ou à la tête de celui-ci. L’évolution du musée se traduit par le changement des rapports entre ces deux entités, de la contribution à la co-création, progrès qui passe avant tout par le respect et la confiance.

Comme vous pouvez vous en douter, ces quelques points ne sont que des pistes de lecture et je ne saurais que trop vous dire de vous plonger vous aussi dans cette lecture et dans les discussions qui l’accompagnent. Je reviendrais dans mon prochain article sur un de mes sujets de prédilection : les réseaux sociaux sur Internet et les questions qu’ils posent à nouveau.

Museonet 2.0 fait sa rentrée

Dimanche 12 septembre 2010

Alors que le mois de septembre est déjà bien entamé, il est temps d’annoncer la reprise du blog et les projets pour cette rentrée :  l’évolution du blog, vers plus d’articles de fond, d’analyses et d’études de cas. Ce qui sous entend un changement dans la fréquence des écrits, qui ne seront plus toutes les semaines mais tous les mois afin d’approfondir chaque sujet. Néanmoins le blog ne s’éloignera pas totalement de l’instantanéité de la toile, car comme vous avez pu le constater cet été est né sa version courte sur le réseau Tumblr, dont le but sera d’être le relai du blog en matière de veille et de nouveauté.

J’aimerais d’ailleurs entrer dans le vif du sujet et aborder dans ce premier article de rentrée, deux expériences ayant mis en jeu les réseaux et les musées. Cet été le musée national de la Marine réalisait son premier concours photo. Alors que les résultats sont annoncés depuis vendredi, je souhaitais revenir en quelques mots avec vous sur notre expérience. Mettant en jeu principalement le réseau Flickr, le concours faisait aussi appel aux contributions par mail et alimentait un album et un événement sur le réseau Facebook. Si l’on ne peut pas faire l’impasse sur le nombre d’heures et l’implication induits par ce projet, certains points majeurs sont à noter et penchent favorablement la balance vers les bénéfices et non les coût.

-         Le nombre de contributions dans la période normalement assez creuse des grandes vacances, dû en majeure partie à l’utilisation de différents réseaux et des différents modes de participation dont celle par mail.

-         La mobilisation des membres se traduisant par des commentaires non seulement sur l’album Facebook mais surtout sur le réseau Flickr et les photos des participants.

Ce qui ressort en grand partie de ce concours, c’est le rôle de lien joué par le musée avec le public et surtout entre les membres. Sur Flickr au fur et à mesure de l’avancement du concours des commentaires sont apparus sur les photos, faisant se connaître et échanger des membres du réseau. Par cette opération le stade ultime de la participation a été franchi en ligne : le musée comme lieu où les visiteurs échange entre eux,  selon les principes du musée participatif de Nina Simon. Je vous avouerais d’ailleurs que ce fut ma principale lecture estivale et qu’elle fera l’objet de mon prochain article.

L’autre expérience qui a marqué cette fois ci la rentrée des musées dans le monde et que vous avez surement suivi avec le plus grand intérêt n’est autre que Ask the curator. Organisée par Jim Richardson de Museum marketing devenu Museum Next, faisant suite à « Follow a museum day », l’opération Ask the curator visaient à mettre en relation le public et les conservateurs de musées sur le réseau Twitter. Je ne reviendrais pas sur l’opération qui a déjà fait l’objet de très bon articles, sur Buzzeum et sur Museum next. Ce qui importe réellement c’est la mobilisation des musées dans cette opération et l’apparition de nouveaux acteurs dans les réseaux, ce n’est plus seulement le webmaster ou le community manager qui participe mais l’institution toute entière, comme ce fut le cas au museum de Toulouse où 13 personnes du directeur au conservateur répondaient aux questions du public. Cette remarque va d’ailleurs bien au delà du musée : les musées acteurs des réseaux en deviennent aussi des prescripteurs ouvrant la voie à de nouveaux comportements, il est bien question d’éducation, comme le note Diane Drubay dans Buzzeum.

Pour conclure sur cet article de rentrée, l’opération Ask the curator mais aussi le concours photos dans une moindre mesure, traduisent une autre avancée majeure dans la relation du musée et du public : l’entrée en jeu des notions de confiance et de respect envers le public.  Deux points essentiels du livre de Nina Simon, le musée participatif, dont je vous ferais part dans mon prochain article.

Du partage de contenus au partage d’expériences, bonnes pratiques et leçons pour une refonte

Lundi 14 juin 2010

La semaine dernière nous avons analysé quels était les principes qui dirigeait les sites des pionniers du Web. La notion de partage qui est au coeur de ces principes ne se limite pas au site lui même, ni même au public, elle accompagne la profession elle même et se traduit en partage d’expérience. Comme vous le savez ces échanges d’expérience ne sont pas nouveau et sont d’ailleurs un des éléments fondateurs des conférences Museums and the Web. Au cours de ces dernières années avec l’avènement du Web 2.0 qui traduit en outils la notion d’échange, les témoignages et les contributions se sont multipliés : tel le Smithsonian qui construit la refonte du musée au cours de conférences intitulées Smithsonian 2.0, telle la Tate qui publie sa stratégie en ligne, ou les multiples interventions à la conférence Museums and the web allant des premiers pas du musée de Brooklyn dans les réseaux sociaux au développement d’un nouveau site. Cette semaine j’ai souhaité abordé avec vous cet ultime étape, la refonte d’un site en compagnie des plus grands musées.

En 2009 lors des conférences Museums and the web, de prestigieux musées font part de leur expérience dans un article intitulé, « refondre son site internet de musée : guide de survie« . Cet article et les pistes qui y sont données, font en fait figure d’exemple pour tout refonte de site qu’il soit de musée ou non. Les musées participants étaient tous à des étapes différentes dans la refonte de leur site ce qui rend leur expérience d’autant plus riche et instructive : phase de découverte pour la National Gallery de Washington (NGA), phase de développement du nouveau site pour la National Gallery de Londres(NG) et le Musée d’art moderne de new york (MOMA), et enfin mise en ligne pour la musée d’art moderne de San francisco (SF MOMA). La plupart de ces musées n’avaient pas refondu leur site depuis 2002, c’était le cas du MoMA dont nous avons d’ailleurs pu voir la semaine dernière les principes du nouveau site.

Le changement de technologie mais aussi la volonté de gérer le contenu furent les raisons qui incitèrent ces musées à se lancer dans une refonte. La volonté de prendre en main le site Internet est en effet un élément majeur pour passer d’un site statique à un site dynamique et ainsi entrer dans l’Internet moderne. Un des principes qui est à l’origine de la distinction entre le Web 1.0 et le Web 2.0 concerne le développement d’outils ne nécessitant pas de connaissances particulières en informatique et donnant la possibilité à chacun de publier du contenu sur Internet, les blogs étant un des exemples les plus parfait. L’intérêt de ce partage d’expérience réside dans les conseils donnés par ces musées.

- La connaissance de son public pour développer un site qui réponde à ses besoins. La National Gallery de Washington choisi de lancer une étude sur le ressenti du public et définir des audiences types comme le chercheur de culture, ou le prescripteur local. Le MoMA va quant à lui décider de mettre en valeur dés le début du projet des publics en particulier comme les cinéphiles ou les scolaires. Chacun d’eux souhaitant développer une relation plus étroite avec son public sur Internet.

- Evaluer l’identité du musée fut une des clés de la refonte de ces quatre musées. Pour la National Gallery de Londres elle se résumait en notion exprimant le musée, comme l’élégance ou la distinction. Capturer l’expérience du musée réel sur le nouveau site Internet devint un point central pour le Moma et le Sf Moma, leur but étant de créer un lien plus étroit entre le musée et le public.

- La prise en compte du facteur humain est une autre leçon majeure apprise par ces musées. Quelques soient les technologies utilisées le succès réside dans l’implication des personnes aussi bien celles des prestataires extérieurs que celle des personnels du musée. La National Gallery de Washington et le MoMA vont employer des techniques de management pour garder l’enthousiasme des différents acteurs du projet, en ayant un équipe variée venant de tout le musée et une distribution des directions, chacun étant incité à diriger dans leur propre domaine de compétence.

- Si la question de la technologie est aussi un des éléments clé de la refonte c’est le choix de celle-ci qui détermine le succès et la vie du site, l’important étant de choisir la meilleure technologie selon les besoins et non pas de tenter d’adapter le projet à la technologie. Chacun de ces musées va donc dans un premier temps évaluer toutes les technologies à disposition, en recherchant les différents outils de gestion de contenus qu’ils soient open source ou fait par un prestataire.

La leçon majeure donnée par ces musées concerne la flexiblité et la notion d’erreur. Chacun de ces musées a du revoir son planning et faire face à des points qu’ils n’avaient pas pu anticiper. Le MOMA a du reconstuire le design de son site, le Sf MoMA a du changer de système de gestion de contenu en cours de projet, la national Gallery de Londres a du faire face à des problèmes techniques plus longtemps que prévu, celle de Washington a quant à elle décidé d’alléger ses plans pour laisser place à plus de créativité.

Au delà des enseignements donnés par ces musées, transparait dans ces expériences l’importance de la relation au public et le changement de celle-ci au cours des années. Après la sortie de son site le Sf Moma va être confronté aux plaintes des visiteurs ne trouvant pas les informations pratiques du musée, en réponse il ajoute ces informations en bas de toutes les pages du site et ainsi décuple son trafic. La prise en compte du public doit se faire non seulement en amont du site en réalisant un site qui satisfait ces attentes mais aussi en aval en étant à l’écoute de celui-ci même après la sortie du site. Cette volonté se traduit d’ailleurs dans la présence des musées dans les réseaux sociaux donnant la possibilité au public de s’exprimer et de dialoguer.

Innovations, bonnes pratiques ces pionniers qui nous guident

Dimanche 6 juin 2010

Au cours de ces derniers mois riches en conférences, que nous avons pu suivre sur Twitter mais aussi sur des sites dédiés comme le réseau Archimuse pour la conférence Museums and the Web, des noms de musées sont revenus régulièrement. Depuis l’avènement du Web 2.0, certains musées ayant choisi d’expérimenter les nouveaux réseaux sont devenus incontournables, tel le musée de Brooklyn, le Musée d’art modern de New York : MOMA, celui de San Francisco :  SF MOMA, et enfin à Londres la Tate. Cette semaine, j’ai souhaité analyser plus en détail leurs sites et les nouveautés qu’ils y ont apportés.

Lors de ces conférences, une phrase a été abondamment reprise et commentée, celle du directeur de la Tate Online lors de la conférence Museum next :  « Le contenu en ligne doit être facile à trouver, partageable et social, réutilisable, syndicable ». Ce principe fait parti de la stratégie de la Tate, elle même publiée sur le site. Elle nécessite d’ailleurs une analyse approfondie qui sera faite dans de prochains articles. Cependant la notion de contenu partageable, social et syndicable transparait déjà sur le site de la Tate et apparait comme un des points incontournable pour les nouveaux sites de musées. Pour la Tate, elle prend la forme de l’application bien connue des bloggeurs et des utilisateurs de Wordpress, « add this ». Elle est présente dés la page d’accueil et sur certaines expositions comme l’exposition Picasso à la Tate Liverpool.

sharethis

Elle permet de partager la page, sur les réseaux sociaux tels que Facebook et Mypsace, sur le réseau Twitter, sur les réseaux de partage de liens comme Delicious et par mail. Sur les sites des musées d’art moderne de New York et de San Francisco la fonction de partage est visible sur toutes les pages et permet ainsi de partager les œuvres même de la collection.

collection

Cette notion de partage et son application même, renvoie aux médias sociaux proprement dit. Leur présence de plus en plus marquée sur ces sites pionniers constitue une des tendances majeures pour les nouveaux sites de musée.

La participation sur les médias sociaux s’affirme dès la page d’accueil et tend à faire partie intégrante du site. Sur le site de la Tate les liens vers les pages Facebook et Twitter sont sur la page d’accueil de la Tate Online ainsi que sur celle des quatre autres musées. Les musées d’art moderne de New York et de San Francisco ont quant à eux franchi une étape supplémentaire en consacrant une rubrique à leur présence dans les réseaux, intitulée « communauté en ligne » pour New york et « connecté avec le Sf Moma » pour le musée de San Francisco. Chacun de ces musées a choisi une présence et une intégration particulière. Le musée de New York choisi d’insérer son fil Twitter ainsi que son groupe sur Flickr et sa chaine sur Youtube. Le musée de San Francisco choisi lui aussi ses derniers twittes et ajoute son mur sur Facebook.

sfmomaconnect

Une des intégrations les plus remarquables vient d’un autre musée pionnier, le musée de Brooklyn avec notamment le réseau en plein essor Foursquare. Sur sa page « community » que je vous avez présenté dans l’article consacré au musée de Brooklyn, des espaces sont spécialement consacrés à Twitter et à Foursquare. Sur la rubrique Foursquare on peut voir notamment les anciens maires mais aussi toutes les personnes qui se sont identifiées dans le musée. Je vous renverrais d’ailleurs sur ce point, à l’excellent article fait sur ce sujet sur le blog d’Antoine Dupin : « Brooklyn museum, l’intégration parfaite de Foursquare« , car les musées sont en passe de devenir des exemples en matière de communication et d’assimilation des médias sociaux.

Si cet article est consacré en majorité aux pionniers anglo-saxon, je ne pouvais terminer cet partie consacrée à l’intégration sans évoquer le Museum de Toulouse ; un des musées français les plus innovants qui vient d’ailleurs d’annoncer sa participation à l’évènement Twitter du mois de septembre :  » Ask the curator » , après le succès du  » follow a museum day« , en Septembre sur Twitter les internautes pourront pendant une journée poser directement des questions aux conservateurs de musée participant à l’opération. Le lien du Museum de Toulouse avec Twitter se traduit sur le site par une partie dédiée à ce réseau dans la rubrique échanger. C’est par ailleurs, un des exemples les plus abouti d’intégration mais aussi d’interaction. On y voit non seulement le fil Twitter du musée, mais aussi celui des membres de Twitter à l’aide des twittes mentionnant le musée @museumtoulouse ou du hashtags lui étant consacré #musemt.

www.museum.toulouse.fr

Les innovations présentes sur les sites des pionniers, sont comme vous en vous douter bien plus nombreuses et chacune d’elles nécessiterait une analyse plus approfondie. Cependant, les notions de contenu partageable et celle d’intégration des médias sociaux semblent être la pierre de lance de ces sites et l’élément majeur des sites à venir. Alors que Facebook commence à être décrié, que l’essence même d’Internet est dans l’évolution, le site doit lui même reprendre les principes même du web 2.0. Et les notions de partage, d’échange prennent le statut de fondement pour les sites à venir.

Quand les musées twittent la nuit, l’avant et l’après la « nuit twitte »

Lundi 24 mai 2010

Week-end de Pentecôte oblige, j’ai du différer comme vous avez pu le remarquer la publication de cet article. La semaine dernière je vous avait fait entrer dans le coeur de la nuit des musées avec l’expérience du musée national de la Marine. Si pour tous les musées cette nuit fut riche en émotion, l’impact de la participation sur Twitter est allé bien au-delà de cette nuit. C’est donc l’opération elle même, les quelques jours qui l’ont précédé et ce que présage son dénouement que je souhaite analyser avec vous aujourd’hui.

Revenons quelques jours avant la nuit des musées proprement dite. Lors de mes précédents articles j’avais pu vous relater l’effervescence de cette avant « nuit twitte » au sein des musées, ce même enthousiasme était présent dans les blogs et sites d’information annonçant la nuit des musées. Chacun reprenant l’opération « la nuit twitte », sur Libération elle était présentée comme une « nouveauté de taille », sur L’express l’article la « toile s’invite au musée » donnait l’occasion de rappeler l’évolution du multimédia et saluait l’initiative des musées investissant les réseaux sociaux et changeant ainsi leur rapport avec leur public. Les blogs de culture comme Carpewebem applaudissait quant à eux une nuit des musées  » plus connectée que jamais » , rappelant la mise en jeu d’autres réseaux comme Facebook, Dailymotion ou Flickr et notant comme un tour de force l’opération sur Twitter. Cependant, le point d’orgue de cette avant nuit des musées et je dois dire ce que nous avons en tant que musée abondamment relayé sur nos comptes Twitter, fut l’essor de l’opération hors de France sur le blog en français de twitter et sur un blog du New York Times.

Un jour avant l’opération, l’article « la nuit twitte » est posté sur le blog de Twitter qui rappel ainsi la mission du réseau  » permettre à l’humanité de partager et de découvrir » et s’associe pleinement à l’opération. Ce même jour sur le blog du New York Times « In transit » un article est publié sous le titre «  La nuit des musées ajoute twitter« . Si cette avant « nuit twitte » a suscité beaucoup d’enthousiasme il y eut aussi des critiques dont le point d’achoppement fut le débat entre Didier Rykner directeur de la rédaction du site la Tribune de l’Art et Marc Lenot l’auteur du blog Lunettes rouges ; le réseau Twitter étant d’une part stigmatisé comme un lieu où peu de choses intéressantes se disent et d’autre part vanté comme un lieu de liberté où chacun peut exprimer ses opinions notamment sur l’art sans pour autant être un historien de l’art.

Face aux critiques, aux enthousiasmes qu’ont suscités cette nuit, que peut-on retenir de l’opération elle même. Pendant la nuit, ce fut pour tous les musées l’occasion de se rapprocher de son public, en l’initiant à un réseau qu’il ne connaissait pas ou très peu, en  recueillant ses impressions sur les différentes actions déployées. Tour à tour livre d’or pour le musée, lieu de conseil pour les noctambules, et même lieu de critique parfois acerbe notamment sur les visites faites par des célébrités au Château de Versailles, le sujet #NDMTW rassembla un grand nombre de personnes et fut maintes fois lors de la nuit le sujet le plus en vogue sur Twitter.

Au delà de l’opération d’une nuit, un lien s’est créé entre les musées et leur public, mais aussi entre les musées participants. Les comptes Twitter créés pour l’occasion n’ont pas cessé, bien au contraire. Si ils ne sont plus des livres d’or, ils entrent à présent dans la panoplie de musées déjà présents sur les réseaux sociaux et les réseaux de partage. Les musées y déploient leurs actualités tant dans leurs murs que sur la toile. C’est actuellement l’après nuit des musées qui fait l’objet de twittes, ainsi le Musée Guimet qui annonce sur Twitter la publication d’une vidéo sur la Nuit des musées, le Musée des arts et métier qui annonce un prochain album photo sur « la nuit twitte », ou le Museum de toulouse pionnier dans l’utilisation des réseaux sociaux dont les nouvelles photos sur Flickr sont régulièrement annoncées sur Twitter, telles les photos qui alimentent le groupe souvenir du Muséum ou l’on peut voir comment fut la nuit des musées 2010 au Museum.

Par l’élan qu’elle a suscité, les critiques qu’elle a élevé, le déploiement qu’elle a engendré, « la nuit twitte » a été bien plus que l’opération d’une nuit. Incitant les musées à investir d’autres réseaux et à y s’y implanter, dépoussierant l’image du musée et ainsi nous amenant à percevoir ce que peut être l’avenir du musée. Pour finir, je vous invite à voir sur Flickr les photos de cette nuit des musées si particulière. Vous retrouvez comme à votre habitude dimanche prochain mon nouveau post, l’actualité des réseaux sociaux et des musées se faisant toujours aussi riche et propice à l’analyse.