Du partage de contenus au partage d’expériences, bonnes pratiques et leçons pour une refonte

La semaine dernière nous avons analysé quels était les principes qui dirigeait les sites des pionniers du Web. La notion de partage qui est au coeur de ces principes ne se limite pas au site lui même, ni même au public, elle accompagne la profession elle même et se traduit en partage d’expérience. Comme vous le savez ces échanges d’expérience ne sont pas nouveau et sont d’ailleurs un des éléments fondateurs des conférences Museums and the Web. Au cours de ces dernières années avec l’avènement du Web 2.0 qui traduit en outils la notion d’échange, les témoignages et les contributions se sont multipliés : tel le Smithsonian qui construit la refonte du musée au cours de conférences intitulées Smithsonian 2.0, telle la Tate qui publie sa stratégie en ligne, ou les multiples interventions à la conférence Museums and the web allant des premiers pas du musée de Brooklyn dans les réseaux sociaux au développement d’un nouveau site. Cette semaine j’ai souhaité abordé avec vous cet ultime étape, la refonte d’un site en compagnie des plus grands musées.

En 2009 lors des conférences Museums and the web, de prestigieux musées font part de leur expérience dans un article intitulé, « refondre son site internet de musée : guide de survie« . Cet article et les pistes qui y sont données, font en fait figure d’exemple pour tout refonte de site qu’il soit de musée ou non. Les musées participants étaient tous à des étapes différentes dans la refonte de leur site ce qui rend leur expérience d’autant plus riche et instructive : phase de découverte pour la National Gallery de Washington (NGA), phase de développement du nouveau site pour la National Gallery de Londres(NG) et le Musée d’art moderne de new york (MOMA), et enfin mise en ligne pour la musée d’art moderne de San francisco (SF MOMA). La plupart de ces musées n’avaient pas refondu leur site depuis 2002, c’était le cas du MoMA dont nous avons d’ailleurs pu voir la semaine dernière les principes du nouveau site.

Le changement de technologie mais aussi la volonté de gérer le contenu furent les raisons qui incitèrent ces musées à se lancer dans une refonte. La volonté de prendre en main le site Internet est en effet un élément majeur pour passer d’un site statique à un site dynamique et ainsi entrer dans l’Internet moderne. Un des principes qui est à l’origine de la distinction entre le Web 1.0 et le Web 2.0 concerne le développement d’outils ne nécessitant pas de connaissances particulières en informatique et donnant la possibilité à chacun de publier du contenu sur Internet, les blogs étant un des exemples les plus parfait. L’intérêt de ce partage d’expérience réside dans les conseils donnés par ces musées.

– La connaissance de son public pour développer un site qui réponde à ses besoins. La National Gallery de Washington choisi de lancer une étude sur le ressenti du public et définir des audiences types comme le chercheur de culture, ou le prescripteur local. Le MoMA va quant à lui décider de mettre en valeur dés le début du projet des publics en particulier comme les cinéphiles ou les scolaires. Chacun d’eux souhaitant développer une relation plus étroite avec son public sur Internet.

– Evaluer l’identité du musée fut une des clés de la refonte de ces quatre musées. Pour la National Gallery de Londres elle se résumait en notion exprimant le musée, comme l’élégance ou la distinction. Capturer l’expérience du musée réel sur le nouveau site Internet devint un point central pour le Moma et le Sf Moma, leur but étant de créer un lien plus étroit entre le musée et le public.

– La prise en compte du facteur humain est une autre leçon majeure apprise par ces musées. Quelques soient les technologies utilisées le succès réside dans l’implication des personnes aussi bien celles des prestataires extérieurs que celle des personnels du musée. La National Gallery de Washington et le MoMA vont employer des techniques de management pour garder l’enthousiasme des différents acteurs du projet, en ayant un équipe variée venant de tout le musée et une distribution des directions, chacun étant incité à diriger dans leur propre domaine de compétence.

– Si la question de la technologie est aussi un des éléments clé de la refonte c’est le choix de celle-ci qui détermine le succès et la vie du site, l’important étant de choisir la meilleure technologie selon les besoins et non pas de tenter d’adapter le projet à la technologie. Chacun de ces musées va donc dans un premier temps évaluer toutes les technologies à disposition, en recherchant les différents outils de gestion de contenus qu’ils soient open source ou fait par un prestataire.

La leçon majeure donnée par ces musées concerne la flexiblité et la notion d’erreur. Chacun de ces musées a du revoir son planning et faire face à des points qu’ils n’avaient pas pu anticiper. Le MOMA a du reconstuire le design de son site, le Sf MoMA a du changer de système de gestion de contenu en cours de projet, la national Gallery de Londres a du faire face à des problèmes techniques plus longtemps que prévu, celle de Washington a quant à elle décidé d’alléger ses plans pour laisser place à plus de créativité.

Au delà des enseignements donnés par ces musées, transparait dans ces expériences l’importance de la relation au public et le changement de celle-ci au cours des années. Après la sortie de son site le Sf Moma va être confronté aux plaintes des visiteurs ne trouvant pas les informations pratiques du musée, en réponse il ajoute ces informations en bas de toutes les pages du site et ainsi décuple son trafic. La prise en compte du public doit se faire non seulement en amont du site en réalisant un site qui satisfait ces attentes mais aussi en aval en étant à l’écoute de celui-ci même après la sortie du site. Cette volonté se traduit d’ailleurs dans la présence des musées dans les réseaux sociaux donnant la possibilité au public de s’exprimer et de dialoguer.

Innovations, bonnes pratiques ces pionniers qui nous guident

Au cours de ces derniers mois riches en conférences, que nous avons pu suivre sur Twitter mais aussi sur des sites dédiés comme le réseau Archimuse pour la conférence Museums and the Web, des noms de musées sont revenus régulièrement. Depuis l’avènement du Web 2.0, certains musées ayant choisi d’expérimenter les nouveaux réseaux sont devenus incontournables, tel le musée de Brooklyn, le Musée d’art modern de New York : MOMA, celui de San Francisco :  SF MOMA, et enfin à Londres la Tate. Cette semaine, j’ai souhaité analyser plus en détail leurs sites et les nouveautés qu’ils y ont apportés.

Lors de ces conférences, une phrase a été abondamment reprise et commentée, celle du directeur de la Tate Online lors de la conférence Museum next :  « Le contenu en ligne doit être facile à trouver, partageable et social, réutilisable, syndicable ». Ce principe fait parti de la stratégie de la Tate, elle même publiée sur le site. Elle nécessite d’ailleurs une analyse approfondie qui sera faite dans de prochains articles. Cependant la notion de contenu partageable, social et syndicable transparait déjà sur le site de la Tate et apparait comme un des points incontournable pour les nouveaux sites de musées. Pour la Tate, elle prend la forme de l’application bien connue des bloggeurs et des utilisateurs de WordPress, « add this ». Elle est présente dés la page d’accueil et sur certaines expositions comme l’exposition Picasso à la Tate Liverpool.

sharethis

Elle permet de partager la page, sur les réseaux sociaux tels que Facebook et Mypsace, sur le réseau Twitter, sur les réseaux de partage de liens comme Delicious et par mail. Sur les sites des musées d’art moderne de New York et de San Francisco la fonction de partage est visible sur toutes les pages et permet ainsi de partager les œuvres même de la collection.

collection

Cette notion de partage et son application même, renvoie aux médias sociaux proprement dit. Leur présence de plus en plus marquée sur ces sites pionniers constitue une des tendances majeures pour les nouveaux sites de musée.

La participation sur les médias sociaux s’affirme dès la page d’accueil et tend à faire partie intégrante du site. Sur le site de la Tate les liens vers les pages Facebook et Twitter sont sur la page d’accueil de la Tate Online ainsi que sur celle des quatre autres musées. Les musées d’art moderne de New York et de San Francisco ont quant à eux franchi une étape supplémentaire en consacrant une rubrique à leur présence dans les réseaux, intitulée « communauté en ligne » pour New york et « connecté avec le Sf Moma » pour le musée de San Francisco. Chacun de ces musées a choisi une présence et une intégration particulière. Le musée de New York choisi d’insérer son fil Twitter ainsi que son groupe sur Flickr et sa chaine sur Youtube. Le musée de San Francisco choisi lui aussi ses derniers twittes et ajoute son mur sur Facebook.

sfmomaconnect

Une des intégrations les plus remarquables vient d’un autre musée pionnier, le musée de Brooklyn avec notamment le réseau en plein essor Foursquare. Sur sa page « community » que je vous avez présenté dans l’article consacré au musée de Brooklyn, des espaces sont spécialement consacrés à Twitter et à Foursquare. Sur la rubrique Foursquare on peut voir notamment les anciens maires mais aussi toutes les personnes qui se sont identifiées dans le musée. Je vous renverrais d’ailleurs sur ce point, à l’excellent article fait sur ce sujet sur le blog d’Antoine Dupin : « Brooklyn museum, l’intégration parfaite de Foursquare« , car les musées sont en passe de devenir des exemples en matière de communication et d’assimilation des médias sociaux.

Si cet article est consacré en majorité aux pionniers anglo-saxon, je ne pouvais terminer cet partie consacrée à l’intégration sans évoquer le Museum de Toulouse ; un des musées français les plus innovants qui vient d’ailleurs d’annoncer sa participation à l’évènement Twitter du mois de septembre :  » Ask the curator » , après le succès du  » follow a museum day« , en Septembre sur Twitter les internautes pourront pendant une journée poser directement des questions aux conservateurs de musée participant à l’opération. Le lien du Museum de Toulouse avec Twitter se traduit sur le site par une partie dédiée à ce réseau dans la rubrique échanger. C’est par ailleurs, un des exemples les plus abouti d’intégration mais aussi d’interaction. On y voit non seulement le fil Twitter du musée, mais aussi celui des membres de Twitter à l’aide des twittes mentionnant le musée @museumtoulouse ou du hashtags lui étant consacré #musemt.

www.museum.toulouse.fr

Les innovations présentes sur les sites des pionniers, sont comme vous en vous douter bien plus nombreuses et chacune d’elles nécessiterait une analyse plus approfondie. Cependant, les notions de contenu partageable et celle d’intégration des médias sociaux semblent être la pierre de lance de ces sites et l’élément majeur des sites à venir. Alors que Facebook commence à être décrié, que l’essence même d’Internet est dans l’évolution, le site doit lui même reprendre les principes même du web 2.0. Et les notions de partage, d’échange prennent le statut de fondement pour les sites à venir.

Au-delà de la communication : Le concept de musée créateur

Comme annoncé dans l’article précédent, je souhaite aborder aujourd’hui le concept du musée créateur, dont le musée de Brooklyn est un des plus parfaits exemples. Avant d’entrer dans le cœur du sujet, il convient de définir quelle signification j’entends donner à ce terme. Les musées, institutions culturelles, créateurs sont à mon sens ceux qui vont au delà de la communication dans les médias sociaux. Ils ont atteint un second palier qui consiste à s’approprier Internet et les médias sociaux, ils se caractérisent par une réelle compréhension des médias et de leur fonctionnement.

Les preuves de cette évolution se manifestent à l’intérieur même des réseaux. Il en résulte un changement de destination comme j’avais pu déjà vous le dire dans le post concernant la Novela et comme le prouvaient les statistiques Nielsen, les médias sociaux devenant une des sources premières dans la recherche de contenu.

Dans l’article précédent, un des facteurs de la compréhension du réseau et de son fonctionnement par le musée de Brooklyn se traduisait par la création de l’application ArtShare. L’intérêt de Facebook est en effet dans les applications, le bouche à oreille dont elles bénéficient formant l’essence même de ce réseau. Sans toutefois aller jusqu’à la création, certains musées ont déchiffré les clés du réseau Facebook et utilisent des applications existantes pour diffuser leurs oeuvres. C’est le cas de l’application intitulée Gift qui permet aux membres de s’envoyer des cadeaux virtuels sous forme d’images. Le musée de l’université de Glasgow, le musée Hunterian utilise cette application pour diffuser ses œuvres.

gifhunterian

Le musées de science de Boston reprend pour son compte le concept de Gift pour permettre de s’envoyer les animaux emblématiques du musée, comme le papillon ou le tyrannosaure. La création ou l’utilisation d’applications par le musée, lui donne l’occasion de créer une page qui informe le membre du nombre de personnes qui utilisent l’application, des nouveautés concernant celle-ci. Elle offre un moyen supplémentaire d’engager la discussion avec le visiteur.

giftboston

L’utilisation d’application existante sur Facebook donne-t-elle pour autant à un musée le statut de créateur et témoigne-t-elle de sa compréhension  des réseaux? Pour répondre à cette question il faut se pencher sur le site du musée, ses autres présences sur le réseau et sa manière de s’y présenter.

Concernant le musée Huntérian de Glasgow, sa participation sur Facebook est annoncée sur la première page de son site, ainsi que la réalisation d’une application sur Iphone. Les actualités du musée bénéficient pour leurs parts d’un Flux RSS. Sur Facebook, en dehors des informations sur le musée, est mis en valeur son entrée dans d’autres médias, comme Twitter, ou Flickr et You tube. Bien que ce musée marque sa présence dans les médias sociaux, celle-ci reste trop récente pour le qualifier de musée créateur, étant sur Facebook depuis Mars 2009, sur Twitter,Youtube et Flickr depuis Avril.

Pour savoir si un musée accède à ce nouveau stade de compréhension des réseaux, il importe comme vous pouvez vous en douter d’analyser en profondeur ce musée et son discours sur les médias. Se sera le principal objectif de la rubrique Focus initiée avec l’analyse du musée de Brooklyn.

Si la création d’application sur Facebook est un marqueur de l’évolution du musée vers un nouveau palier, celle-ci se manifeste aussi dans d’autres médias sociaux. Twitter est utilisé dans la diffusion de l’information, de manière instantanée et ininterrompue.

Etre créateur sur Twitter, c’est élaborer un contenu relié au site du musée et faciliter sa recherche. Ceci est rendu possible par l’ajout d’un symbole le # à un sujet particulier. Ainsi, l’accès au sujet se fait directement dans la partie recherche et toutes les informations publiées par le musée et d’autres membres apparaissent dans le média. Tant que l’institution fait vivre le sujet celui-ci peut être recherché sur Twitter. En effet, il n’y a pas d’archives sur Twitter, son essence étant d’apporter les informations en temps réel. Assimiler le fonctionnement de Twitter, se traduit par la création de sujets pour un temps donné, à l’exemple du musée d’Art Moderne (MoMA) de New York.

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En octobre, le musée souhaite savoir quelles expositions ses fans vont voir cet automne. Il lance le sujet dans les statuts du musée sur Facebook, il le reprend ensuite sur Twitter en créant pour cette occasion le sujet #fallart. Pendant tout le mois d’octobre sur Twitter, les fans répondent au musée et diffusent le sujet. Le sujet est repris, sous forme de Retweet par d’autres musées qui répondent à leur tour au MoMA en mettant leur propre exposition en valeur, comme le fait le musée de Boca Raton en Floride.

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Au delà de la facilité de recherche, par ce symbole se créé un réseau d’intérêt commun. Il donne ainsi la possibilité aux institutions de la culture de tisser une toile de la culture dans le réseau.

Un dernier exemple de ce nouveau palier atteint par certain musée, la création d’un compte sur Delicious. Sur ce réseau, le musée est créateur d’information, comme sur Twitter, mais son action y est différente. Sur Twitter, les informations données concernent dans un premier temps l’institution et font un lien direct vers le site du musée, elles peuvent ensuite concerner d’autres sites. Sur Delicious, le principe est en quelque sorte inverse, il s’agit de partager les liens que l’on trouve pertinents et non pas de renvoyer sur le site de l’institution.

C’est donc une présence qui traduit une véritable connaissance du réseau, des blogs scientifiques, des sites d’informations, qui sont en relation avec l’institution. De fait, peu de musées apparaissent sur ce réseau de partage de liens. Le musée de Brooklyn y est présent et partage des liens vers des articles venant de la presse, des blogs mais aussi vers des pages dans les médias sociaux ou même des documents. Ainsi, en novembre l’exposition sur la vie du Christ est enrichie par des liens vers un site d’informations publiant une interview d’une curatrice du musée et une vidéo de l’exposition.

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Si j’ai peu parlé des musées français dans cet article sur les créateurs et dans mes précédents articles, il faut souligner la présence de deux musées toulousains sur Delicious qui nous incite à les explorer plus en détails lors de prochains Focus. Ces musées sont le muséum d’histoire naturelle et le musée d’art contemporain Les abattoirs. Leur participation sur Delicious, se démarque même de celle des musées américains puisque ils ne se contentent pas de partager leurs liens, ils ont aussi formé leur propre réseau sur ce média. Delicious, permet en effet de suivre les liens d’autres membres qui font alors partie de son propre réseau.

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Représentation graphique des réseaux sur del.icio.us network explorer

Le concept de créateur, se manifeste donc dans différents réseaux et s’attache à la manière dont l’institution les utilise. C’est le fonctionnement même du média qui fait l’essence de son appropriation et de sa compréhension par l’institution. Les preuves de l’accès à ce second palier d’assimilation peuvent se manifester dans un ou plusieurs médias comme c’est le cas du musée de Brooklyn. Créateur d’application sur Facebook, de sujet sur Twitter, il est aussi présent sur Del.icio.us. Cependant cette prise de possession se manifeste aussi sur le site du musée et dans ses murs par le lien qu’il créé entre l’institution et les médias sociaux. C’est le cas notamment du MoMa qui fera l’objet du prochain Focus.

Les musées créateurs sont donc, comme vous le verrez, peu nombreux et la plupart ajoutent  l’expérience à la connaissance. Comme le musée de Brooklyn ils sont dans les réseaux depuis deux à trois ans. Et leur action, leur appropriation, nous permettent d’entrevoir un changement dans la relation du musée à Internet.

En accédant à un palier supplémentaire dans la compréhension, les musées, les institutions culturelles, changent ces médias, leur donnent une plus-value. Ils n’offrent plus simplement la possibilité de  gérer son réseau de communication, de diffuser les actualités, de dialoguer avec le public mais deviennent des sources d’informations scientifiques reconnus. Créateurs, ces musées le sont de leur présence sur Internet et dans les réseaux. Ils ne sont plus guidés par leur volonté d’entrer dans les réseaux, ils façonnent les médias sociaux et l’Internet à leur image.

Créateur et pionnier : Le musée de Brooklyn

Dans ce post, je souhaite commencer une nouvelle rubrique du blog que vous pourrez retrouver dans la catégorie Focus. Réellement ciblée sur le Web 2.0 et les médias sociaux, je vous propose ici l’analyse détaillée d’un site de musée ou d’une institution culturelle. Vous trouverez ceux qui vont au delà de l’entrée dans les médias sociaux : les créateurs, les pionniers, qui s’approprient les médias contribuent à en changer leur destination et font évoluer le musée lui même. Le concept même de créateur fera l’objet du prochain article, mais j’ai tenu dans un premier temps à vous présenter celui qui, selon moi, en est à l’origine : le Musée de Brooklyn et débuter avec lui la série des Focus.

Créé au dix neuvième siècle pour donner vie à un quartier, l’ancêtre du musée de Brooklyn, le Brooklyn Institute of Art and Sciences est entendu comme le point focal d’un plan culturel, éducatif et récréatif, c’est ce qu’ on peut voir sur le site du musée dans la rubrique about. L’importance du rapport à la communauté atteint son apogée en 1960 avec Duncan Cameron alors directeur du musée et pionnier de la nouvelle muséologie. Selon lui, le musée doit nouer une relation avec son public et contribuer à son éducation. Sur le site, les préceptes de l’ancien directeur s’affichent dans la mission même du musée : la primauté de l’expérience du visiteur. En tentant l’aventure des médias sociaux le musée poursuit sa volonté d’aller vers le public et de faire participer sa communauté.

Les premiers pas du musée dans les réseaux sont présentés lors des conférences Museums and the Web. Quelques précisions s’imposent sur ces conférences : elles sont créées en 1997 à la suite des conférences internationales sur l’hypermédia et l’interactivité dans le musée (ICHIM) nées pour leurs parts en 1991 pour promouvoir le multimédia auprès des professionnels du musée. Les conférences Museums and the Web se veulent plus spécialisées sur Internet et rassemblent musées et professionnels autour de cette question. Chaque année ces conférences donnent l’occasion de connaître les musées les plus innovants et dessinent les contours du musée de demain. Pour en savoir plus voici le lien vers la prochaine conférence qui se tiendra à Denvers en 2010 http://bit.ly/MW2010

C’est donc lors des conférences de 2007 que la première mention des médias sociaux apparaît, sous la plume de Shelley Bernstein, directrice du pôle multimédia pour le musée de Brooklyn, dans un article intitulé : «  Créer une communauté en ligne au musée de Brooklyn : une chronologie ». L’entrée du Brooklyn dans les médias sociaux est aussi relayée dans le blog du musée, renforçant l’idée de coopération et de partage inhérente au Web 2.0. La relation du musée de Brooklyn avec les outils du Web 2.0 ne se limite d’ailleurs pas aux médias sociaux mais fait aussi intervenir toutes ses autres formes : blog, flux d’informations avec les flux rss, contenu audio et vidéo portable avec les podcats et présence dans les réseaux de partage.

Le site du Brooklyn

Le blog du musée offre un autre point de vue sur le musée  en donnant la parole aux conservateurs, en montrant le montage des expositions. Les nouvelles expositions du musée bénéficient d’un flux rss auquel le visiteur peut s’abonner. Les podcasts donnent accès au savoir du musée, aux conférences qui s’y sont déroulées. Le musée marque aussi une forte présence dans le réseau de partage de photo Flick’r et le réseau de partage de vidéo You tube. C’est de plus, une manière pour lui de renforcer son lien avec le public puisqu’il présente sur le site du musée les photos des membres du musée sur Flick’r et non pas celles publiées par le musée lui-même. Toutes ces manifestations font partie d’une rubrique dédiée à la communauté à l’intérieur même du site Internet, intitulée community.

L’aventure du musée avec Facebook, commence en 2006 quand cette plateforme s’ouvre au public et surtout aux développeurs d’applications. A cette occasion, sont créées les News Feeds qui informent les membres des changements portés sur la page de leur amis, ainsi si un membre ajoute une application ses amis en sont immédiatement informés. Pour les créateurs d’applications, Facebook devient un bouche à oreille planétaire, c’est précisément  l’article sur Facebook paru dans la revue Wired et soulignant le succès de l’application de partage de photo Picnik qui va éveiller la curiosité de Shelley Bernstein.

Page du Brooklyn sur Facebook

Pour elle et son équipe, c’est l’occasion de porter la communauté sur d’autres sphères et de diffuser les collections du musée à une échelle planétaire. Le musée va donc dans un premier temps créer un groupe, puis une page quand celles-ci voit le jour en 2007, en commentant sur son blog les étapes de cette création. Cependant le musée n’entend pas seulement être présent dans le média et communiquer avec sa communauté, il souhaite réellement participer à la vie même du média et sait qu’un de ces atouts principaux réside dans le concept d’application.

Il va donc devenir créateur et mettre en place une application directement en lien avec l’art : Artshare. L’appropriation du média se traduit par cette application, elle n’est pas seulement dédiée au musée de Brooklyn mais à tous les musées, à tous ceux qui souhaitent diffuser de l’art sur Facebook  donc au réseau lui même. Cette application donne la possibilité aux musées de mettre en ligne les objets phares de leurs collections et de les publier sur leurs pages. Du coté des membres qui téléchargent cette application, elles leur donnent l’occasion d’exposer sur leurs profils les oeuvres des musées qu’ils préfèrent. A ce jour 37 musées participent et leurs nombres croît chaque mois.

Artshare

Pour le Brooklyn, entrer dans les médias sociaux c’est en faire partie intégrante et ainsi engager une réelle relation avec ses membres. Sur Twitter, est mise en valeur la personne qui administre la page, Shelley Bernstein dénommée pour l’occasion la geek en chef du musée.

Le brooklyn sur Twitter

Vous avez pu voir dans cette analyse le musée dans les médias sociaux or cette action a aussi un impact sur le musée réel et je conclurais ce post sur deux exemples de liens entre le virtuel et le réel.

En juin 2008, le musée lançait sur Facebook une expérience intitulée Click a crowd curated exhibition,visant à faire du public le curateur d’une exposition. Les artistes et leurs oeuvres étaient choisis par les membres d’un forum créé pour l’occasion auquel renvoyait la page du musée sur Facebook. Les résultats furent ensuite examinés par un jury d’expert et les oeuvres furent exposées dans le musée selon le choix fait dans le forum.

En décembre 2008 une autre étape était franchie dans le lien entre musée réel et virtuel, une nouvelle catégorie de membre de musée voyait le jour intitulée : First Fan. En rapport direct avec la présence du musée dans les médias sociaux, le membre First Fan bénéficie à la fois d’avantages dans le musée, comme la participation exclusive aux rencontres du vendredi, à des ateliers, l’ entrée prioritaire aux séances de cinéma, et dans les médias sociaux avec une page dédiée sur Twitter et l’accès aux mises à jour sur les médias de son choix.

Si la présence dans les médias sociaux est avant tout synonyme de communication et de dialogue, le musée de Brooklyn va au-delà. Ayant franchit un nouveau palier, il n’est pas seulement présent dans les médias mais se les ait appropriés, il est devenu créateur de son réseau. Il en vient sur son site à donner vie au concept sous-jacent à tout réseau social, celui de la communauté d’intérêt, avec la rubrique Posse. Définie comme un groupe ayant un intérêt commun elle montre les personnes ayant le plus contribué au site du musée. La participation qui est mise en valeur ici entre en fait dans les fondements même du musée puisque c’est celle qui consiste à tagger les oeuvres d’art, à leur donner de nouveaux noms, à les commenter ; fonction d’identification des oeuvres inhérente à la mission scientifique du musée.

En créant sa communauté d’intérêt, en jouant pleinement le jeu de la participation, du partage dans toutes les sphères du musées,  ce musée abolie la frontière entre lui et le visiteur, tous font partie d’un même groupe. Il n’est plus seulement question d’un changement de destination des médias sociaux, mais de l’évolution même du musée. C’est l’avenir du musée réel qui se joue dans ces plateformes virtuelles.